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mardi 15 juillet 2014

Le conflit israélo-palestinien expliqué par les livres

Actuellement, la violence des conflits en Palestine nous laisse tous bouche-bée. Lorsque l'actualité internationale nous dépasse, se tourner vers la littérature peut nous permettre d'y voir plus clair. Voici donc cinq livres pour mieux comprendre l'origine et les enjeux de ces troubles.



Chroniques de Jérusalem, par Guy Delisle

Guy Delisle et sa famille s'installent pour une année à Jérusalem. Pas évident de se repérer dans cette ville aux multiples visages, animée par les passions et les conflits depuis près de 4000 ans. Au détour d'un ruelle, à la sortie d'un lieu saint, à la terrasse d'un café, le dessinateur laisse éclater des questions fondamentales et offre une vision différente de Jérusalem. 




L'attentat, par Dauvillier et Chapron, d'après le roman de Yasmina Khadra

Amine Jaafari, arabe et israélien, est un chirurgien reconnu à Tel Aviv où il vit avec son épouse. Un jour, après un attentat meurtrier, la police israélienne l'informe que la kamikaze est... sa femme. Brisé par cette révélation, Amine décide d'aller à la recontre de ceux qui l'ont poussée à commentre le pire. À la recherche de la vérité, il va devoir se confronter à une réalité qu'il a refusée de voir, lui, l'Arabe si bien intégré du bon côté du mur. 

Terre promise, trop promise. Genèse du conflit Israélo-Palestinien (1882-1948), par Nathan Weinstock

Le conflit entre Israéliens et Palestiniens n'a toujours pas trouvé d'issue. Quelles en sont les causes profondes ? Pour nous aider à comprendre les passions du présent, ce livre explore les cheminements et les déchirements de l'histoire. Loin des clichés réducteurs, Nathan Weinstock retrace la dynamique conflictuelle qui a façonné, plus opposé deux nationalismes issus d'une même terre. S'appuyant sur des sources rarement exploitées, dont les travaux de chercheurs palestiniens, il renouvelle la lecture de cette histoire sur de nombreux points.




La Palestine expliqué a tout le monde, par Elias Sanbar

À ceux qui disent ne rien comprendre au "conflit israélo-palestinien", Elias Sanbar répond en restituant la continuité d'une histoire - depuis le mandat britannique à partir de 1917 jusqu'à aujourd'hui - que tant de commentaires ont souvent faussée ou étouffée. La Palestine, c'est l'histoire d'un pays absent que les Palestiniens ont emporté dans leur exil. C'est aussi le long combat qu'il leur a fallu mener pour retrouver un nom, une visibilité, une existence enfin. La Palestine d'Elias Sanbar, est polychronome, terre de pluralité, des origines et des croyances.


Comprendre l'État d'Israël, par Yakov Rabkin

Comment comprendre l'État d'Israël ? Faut-il se plonger dans la Bible ? Dans l'histoire de l'Empire russe ? Dans celle de l'antisémitisme européen ? Comment la sécurité est-elle devenue un enjeu fondamental dans un état fondé au sortir du génocide nazi précisément afin d'offrir un refuge aux juifs ? Israël n'est pas à un paradoxe près. Sa puissance manifeste contraste avec sa légitimité toujours contestée, y compris par d'ardents défenseurs de la tradition juive. Au-delà des clichés, l'historien Yakov Rabkin nous invite à revisiter les origines et la nature de l'État sioniste. Mettant en relief des aspects de l'histoire juive souvent occultés et oubliés, l'auteur montre comment le sionisme qu'incarne Israël marque une rupture profonde dans la tradition judaïque. 

dimanche 24 novembre 2013

Pour ton père

Noël arrive à grand pas, et il n'y a pas de plus beau cadeau - tant  à offrir qu'à recevoir - qu'un livre. Voici mes suggestions afin de vous aider à choisir ce qui saura plaire à votre papa !



Dix journées qui ont fait le Québec
Collectif, VLB éditeur.
Parution: novembre 2013
Si l'histoire d'une nations e construit dans la durée, on sait aussi qu'elle s'écrit dans de formidables moments d'Accélération déclenchés par un événement précis. Passionnant voyage dans l'aventure québécoise, ce livre nous invite à traverser quatre siècles en dix escales: dix journées de colère ou de liesse, de défaite ou de victoire, de recul ou de progrès - dix dates fatidiques qui continuent encore aujourd'hui de définir le Québec. 



La trilogie berlinoise
Philip Kerr, Le livre de poche.
Parution : juin 2010.
De 1936 à 1947, Bernie Gunther,  n'en finit pas d'explorer les sombres allées du IIIe Reich. Ce héros solitaire voit sa morale mise à rude épreuve dans un Berlin corrompu et violent. La Trilogie berlinoise, tout en respectant les règles du genre policier, offre un portrait glaçant et puissamment évocateur de Berlin au quotidien à l'ère nazie.



Guy Lafleur: la légende
Pierre-Yvon Pelletier, Édition de l'Homme.
Parution : octobre 2013.
Plus de vingt ans après sa retraite définitive, Guy Lafleur demeure l'un des hockeyeurs québécois les plus populaires de tous les temps. Revivez les jeunes années du célèbre numéro 10, de ses premiers coups de patin aux fulgurants succès remportés avec les Remparts de Québec. Suivez-le sur les patinoires de la Ligue nationale, où il a déjoué d'innombrables adversaires et célébré tant de victoires. 



Richard Ford, Boréal. 
Parution : septembre 2013. 
Quand les parents de Dell Parson, quinze ans, décident de commettre un vol de banque, celui-ci comprend qu'il doit dire adieu à jamais à son rêve de vivre une vie normale et paisible. Une amie de la famille l'aide à traverser en secret la frontière canado-américaine et le remet entre les mains d'un autre Américain en exil, Arthur Remlinger, qui sous ses airs matois cache une nature d'une redoutable violence. 


Au revoir là-haut
Pierre Lemaître, Albin Michel.
Parution: Août 2013.
Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu'amorale. des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts... Fresque d'une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d'évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l'après-guerre de 1914. 



Transatlantic
Colum McCann, Belfond.
Parution : Septembre 2013.
S'appuyant sur une construction impressionnante d'ingéniosité et de maîtrise, l'auteur bâti un pont sur l'Atlantique, entre l'Amérique et l'Irlande, du XIXe siècle à nos jours. Mêlant Histoire et fiction, une fresque vertigineuse, d'une lancinante beauté. À Dublin, en 1845, Lily Duggan, jeune domestique de dix-sept ans, croise le regard de Frederick Douglass, le Dark Dandy, l'esclave en fuite, le premier à avoir témoigné de l'horreur absolue dans ses mémoires. Ce jour-là, Lily comprend qu'elle doit changer de vie et embarque pour le Nouveau Monde, bouleversant ainsi son destin et celui de ses descendantes, sur quatre générations.

Collectif, Septentrion. 
Parution : septembre 2013. 
Les États-Unis sont militairement imbattables... Les téléphones cellulaires causent le cancer... Les drogues "douces" sont moins dangereuses... Guillaume Lamy et ses collaborateurs reviennent avec de nouveaux sujets. Leur but reste le même: réfuter toute affirmation qui se prétend être vraie pour en éradiquer la contagion.  


Guy Delisle, Delcourt. 
Parution : novembre 2011.
Guy Delisle et sa famille s'installent pour une année à Jérusalem. Pas évident de se repérer dans cette ville aux multiples visages, animée par les passions et les conflits depuis près de 4000 ans. Au détour d'une ruelle, à la sortie d'un lieu saint, à la terrasse d'un café le dessinateur laisse éclater des questions fondamentales et offre une vision différente de Jérusalem. 

Sorj Chalandon, Grasset.
Parution : août 2011. 
Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n'ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. Des libres seront peut-être écrits sur moi, et j'enrage. N'écoutez rien de ce qu'ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m'avoir connu. Personne n' jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd'hui, c'est parce que je suis le seule à pouvoir dire la vérité. Parce qu'après moi, j'espère le silence. 

La vérité sur l'affaire Harry Québert
Joël Dicker, Éditions de Fallois.
Parution : novembre 2012.
À New-York, au printemps 2008, alors que l'Amérique bruisse des prémices de l'élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente: il est incapable d'écrire le nouveau roman qu'il doit remettre à son éditeur d'ici quelques mois. Le délai est près d'expirer quand soudain tout bascule pour lui: son ami et ancien professeur d'université, Harry Québert, l'un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d'avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison. 

Le guide du mauvais père
Guy Delisle, Delcourt.
Parution : février 2013.
Oublier le passage de la petite souris, traumatiser sa fille avec une terrifiante histoire d'arbre qui pousse dans l'estomac, dénicher des conseils peu avisés pour encourager fiston à taper plus fort sur le punching bag... Guy Delisle, un mauvais père ? Non, un auteur de bande dessinée qui sait puiser l'imagination là où elle se trouve, avec un sens aigu de l'observation et une bonne dose d'autodérision. 

samedi 16 novembre 2013

La cuisinière d'Himmler

Un roman de Franz-Olivier Giesbert

Ceci est l'épopée drolatique d'une cuisinière qui n'a jamais eu peur de rien. PErsonnage loufoque et truculent, Rose a survécu aux abjections de cet affreux XXe siècle qu'elle a traversé sans rien perdre de sa sensualité ni de sa joie de vivre. Entre deux amours, elle a tout subi: le génocide arménien, les horreurs du nazisme, les délires du maoïsme. Mais, chaque fois, elle a ressuscité pour repartir de l'avant. Grinçant et picaresque, ce livre raconte les aventures extraordinaires d'une centenaire scandaleuse qui a un credo: "si l'Enfer, c'est l'Histoire, le Paradis, c'est la vie."

je ne connaissais pas l'auteur de La cuisinière d'Himmler, qui a pourtant rédigé d'autres romans avant celui-ci, mais cette lecture m'a donné envie de découvrir ses autres écrits. Giesbert nous présente ici les mémoires de Rose, une centenaire qui a mordu dans la vie, née en Arménie au début du XXe siècle (le siècle des assassins comme elle l'appelle si bien). 

La vie de ce personnage semble incroyable, mais chacun des événements que l'auteur décrit fait partie de l'Histoire. À sa façon Franz-Olivier Giesbert utilise l'épopée de Rose comme prétexte pour raconter toutes les horreurs du XXe siècle, mais surtout afin de présenter la fureur de vivre que peuvent avoir certaines personnes, ainsi que cette force de résilience qui est si remarquable. Après avoir goûté au génocide arménien, à la Première puis à la Deuxième Guerre mondiale, après avoir rencontré les dirigeants du nazisme et du maoïsme, tout en voyant mourir ses proches les uns après les autres, Rose, à 105 ans a conservé sa bonne humeur. Je suis d'ailleurs un peu triste quand je pense qu'elle n'est qu'un personnage de fiction et que c'est impossible pour moi d'aller manger une parmesane dans son petit restaurant de Marseille. 


"Le jour de ma naissance, les trois personnages qui allaient ravager l'humanité étaient déjà de ce monde: Hitler avait dix-huit ans, Staline, vingt-huit et Mao, treize. J'étais tombé dans le mauvais siècle, le leur. Tomber est le mot. L'un des chats de la maison était monté dans le cerisier et n'arrivait plus à descendre.  [...] Peu avant le coucher du soleil, lorsqu'elle eut compris que mon père ne rentrerait pas, maman décida d'aller le libérer. Après avoir grimpé sur l'arbre en étirant son bras pour attraper le chat, ma mère ressentit, selon la légende familiale, sa première contraction. Elle prit la bête par la peau du cou, la relâcha quelques branches  plus bas et, saisie d'un pressentiment, s'allongea subitement dans le creux du cerisier, à l'intersection des branches. C'est ainsi que je vins au monde: en dégringolant." (p.28)

 En plus d'être très bien écrit et d'offrir une relecture des événements historiques pourtant maintes fois décrits, La cuisinière d'Himmler célèbre la vie, puisque, comme le proclame l'héroïne du roman: "On meurt de n'avoir pas vécu et sinon, on meurt quand même." (p.348) La lecture de cette oeuvre de fiction m'a fait penser à ma grand-mère, et à toutes les autres personnes âgées qui, derrière leur sourire, cachent leur lot de drame. À lire !

Franz-Olivier Giesbert, La cuisinière d'Himmler, Gallimard, 2013.

samedi 19 octobre 2013

Yellow birds

Un roman de Kevin Powers

Bartle, 21 ans, est soldat en Irak, à Al Tafar. Depuis l'entraînement, lui et Murph, 18 ans, sont inséparables. Bartle a fait la promesse de le ramener vivant au pays. Une promesse qu'il ne pourra pas tenir... Mrurphy mourra sous ses yeux et hantera ses rêves de soldat et, plus tard, de vétéran. 
Yellow birds nous plonge au coeur des batailles où se déroule la vie du régiment conduit par le sergent Sterling. On découvre alors les dangers auxquels les soldats sont exposés quotidiennement. Et le retour impossible à la vie civile. 
Kevin Powers livre un roman fascinant sur l'absurdité de la guerre, avec une force aussi réaliste que poétique. 

J'avais déjà entendu parler de Yellow Birds plusieurs mois avant sa sortie au Québec. On le décrivait comme étant un grand roman américain, dont l'écriture rappelait à quelques égards celle de Hemingway. Ça avait piqué ma curiosité, mais lorsque j'ai compris que c'était un roman sur la guerre en Irak, j'ai eu un mouvement de recul. Veut-on vraiment lire un roman américain sur la guerre ? Une histoire qui glorifie la grande nation américaine, et qui vante la bravoure et l'héroïsme de ces soldats, très peu pour moi. J'ai finalement laissé mes préjugés de côté et j'ai lu Yellow birds. 

L'écriture est sans aucun doute l'un des points forts du récit. L'auteur combine la richesse de sa plume à sa connaissance accrue du sujet, ayant lui-même combattu à Al Tafar en 2004 et 2005. Il soutient que le roman n'est pas autobiographique, mais que son expérience a plutôt permis d'enrichir l'histoire de sensations réelles. Quant à la traduction française, elle comporte selon moi certaines faiblesses puisqu'un "fuck man" perd beaucoup de son intensité en étant traduit par "putain mecton".  


"J'étais devenu une espèce d'infirme. Ils étaient mes amis, n'est-ce pas ? Pourquoi ne pouvais-je tout simplement pas nager à leur rencontre ? Qu'est-ce que je leur dirais ? "Hé, comment ça va ?" s'exclameraient-ils en me voyant. Et je répondrais, "J'ai l'impression que quelque chose me bouffe de l'intérieur et je ne peux rien dire à personne parce que tout le monde est si reconnaissant envers moi; je me sentirais trop ingrat si je me plaignais de quoi que ce soit." Ou un truc du genre, "Je ne mérite la gratitude de personne, et en vérité les gens devraient me détester à cause de ce que j'ai fait, mais tout le monde m'adore et ça me rend fou."(p.160)


Avec cette lecture, on ne se questionne pas tant sur le conflit que sur les sentiments des soldats qui y prennent part. Loin de chercher à nous faire accepter la guerre, l'auteur en fait plutôt ressortir l'absurdité et la froideur. Ce n'est pas une lecture facile; Powers ne ménage pas ses lecteurs, sans pour autant être vulgaire. Yellow Birds décrit aussi le difficile retour à la réalité des vétérans, qui semble encore plus bouleversant que la guerre elle-même. 

Yellow birds est un très beau texte, riche en émotions. À lire pour comprendre la réalité - presque intemporelle - des soldats.    

vendredi 11 octobre 2013

Chroniques de Jérusalem

Une bande dessinée de Guy Delisle

Guy Delisle et sa famille s'installent pour une année à Jérusalem. Pas évident de se repérer dans cette ville aux multiples visages, animée par les passions et les conflits depuis près de 4.000 ans. Au détour d'une ruelle, à la sortie d'un lieu saint, à la terrasse d'un café, le dessinateur laisse éclater des questions fondamentales et offre une vision différente de Jérusalem.


J'ai beaucoup entendu parler des Chroniques de Jérusalem mais j'ai longtemps repoussé le moment de découvrir cette bande dessinée. J'ai (re)découvert l"univers de la BD récemment avec entre autres Le journal de mon père l'oeuvre du japonais Jirô Taniguchi. Tandis qu'avec Taniguchi j'ai découvert le Japon des années 50 et 60, Chroniques de Jérusalem m'a, bien sûr, permis d'en apprendre plus sur cette ville et la région qui l'entoure, sur sa diversité culturelle et religieuse mais aussi sur l'origine et l'ampleur des conflits qui y font toujours rage. 

La conjointe de Guy Delisle travail pour médecins sans frontière, ce qui amène toute la famille à beaucoup voyager. Delisle a d'ailleurs déjà publié deux albums sur ses séjours en Corée du Nord (ici) et en Birmanie (ici). Je n'ai pas lu ces deux albums, mais la découverte des Chroniques de Jérusalem me donne carrément envie de lire tout ce qu'a fait l'auteur.


Avec une pointe d'humour et des dessins délicats - voire naïfs - Delisle nous fait découvrir Jérusalem. Sans être didactique cette BD est une bonne source d'information, mais donne surtout envie d'en apprendre plus par nos propres moyens. En plus, la BD ça se lit trop rapidement pour s'en passer ! 

Guy Delisle, Chroniques de Jérusalem, Delcourt, 2011, 334 pages.







lundi 19 août 2013

Certaines n'avaient jamais vu la mer

Un roman de Julie Otsuka

Les visages, les voix, les images, les vies que l'auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu'elles n'ont pas choisi. C'est après une éprouvante traversée de l'océan Pacifique qu'elles rencontrent pour la première fois celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir. À la façon d'un choeur antique, leurs voix se lèvent et racontent leur misérable vie d'exilées. 

Certaines n'avaient jamais vu la mer, paru en 2012 a été reçu chaleureusement par la critique lors de sa sortie. Cet accueil est justifié. En quelques 140 pages, l'auteure nous transporte littéralement dans cette communauté de Japonaises qui traversent l'océan pour rejoindre un mari inconnu, aux États-Unis, afin de vivre leur propre american dream. 

"Certaines descendaient des montagnes et n'avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines  étaient filles de pêcheur et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l'océan nous avait pris un frère, un père, un fiancé, parfois une personne que nous aimions s'était jetée à l'eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent, de partir à nous tour." (p.11)

Écrit au "nous", le choeur formé de toutes ses voix de femmes nous transmet la douleur des rêves brisées, la peur de l'inconnu et les regrets, mais aussi les beautés de la maternité, puis l'incompréhension face aux enfants qui s'enracinent si facilement dans une société qui est encore méconnue pour leur parent. Puis à nouveau l'exil, lorsque les Japonais seront perçu comme des traitres durant la deuxième guerre mondiale, même s'ils sont au États-Unis depuis plus de 25 ans. 

Roman beau et parfois déchirant. À lire pour mieux comprendre ce qu'est l'exil.

Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka, Phébus, 2012, 139 pages. 


vendredi 19 juillet 2013

Wilderness

Un roman de Lance Weller


Abel Truman vit sur la côte déchiquetée du Pacifique Nord-Ouest, dans une vétuste cabane de bois flotté avec son chien pour unique compagnon. Trente ans plus tôt, il a survécu à la bataille de la Wilderness, l'un des affrontements les plus sanglants de la guerre civile américaine. Depuis, Abel est hanté par son passé douloureux, jusqu'au jour où il décide de partir pour un ultime voyage. Mais le vieux soldat ne tarde pas à être rattrapé par la violence lorsqu'un homme au visage déchiré et un Indien aux yeux sans éclat lui dérobent son chien.(...)

Je dois me rendre à l'évidence, je n'ai pas envie de lire ce livre-là en plein mois de juillet. Ce n'est pas que c'est une mauvaise lecture, ce n'est seulement pas du tout approprié à la saison. C'est un roman d'hiver, de feux de bois, de chocolat chaud et de couverture de laine. Je me reprendrai en novembre ! 


Wilderness, Lance Weller, Gallmeister, 2013.