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mardi 15 juillet 2014

Le conflit israélo-palestinien expliqué par les livres

Actuellement, la violence des conflits en Palestine nous laisse tous bouche-bée. Lorsque l'actualité internationale nous dépasse, se tourner vers la littérature peut nous permettre d'y voir plus clair. Voici donc cinq livres pour mieux comprendre l'origine et les enjeux de ces troubles.



Chroniques de Jérusalem, par Guy Delisle

Guy Delisle et sa famille s'installent pour une année à Jérusalem. Pas évident de se repérer dans cette ville aux multiples visages, animée par les passions et les conflits depuis près de 4000 ans. Au détour d'un ruelle, à la sortie d'un lieu saint, à la terrasse d'un café, le dessinateur laisse éclater des questions fondamentales et offre une vision différente de Jérusalem. 




L'attentat, par Dauvillier et Chapron, d'après le roman de Yasmina Khadra

Amine Jaafari, arabe et israélien, est un chirurgien reconnu à Tel Aviv où il vit avec son épouse. Un jour, après un attentat meurtrier, la police israélienne l'informe que la kamikaze est... sa femme. Brisé par cette révélation, Amine décide d'aller à la recontre de ceux qui l'ont poussée à commentre le pire. À la recherche de la vérité, il va devoir se confronter à une réalité qu'il a refusée de voir, lui, l'Arabe si bien intégré du bon côté du mur. 

Terre promise, trop promise. Genèse du conflit Israélo-Palestinien (1882-1948), par Nathan Weinstock

Le conflit entre Israéliens et Palestiniens n'a toujours pas trouvé d'issue. Quelles en sont les causes profondes ? Pour nous aider à comprendre les passions du présent, ce livre explore les cheminements et les déchirements de l'histoire. Loin des clichés réducteurs, Nathan Weinstock retrace la dynamique conflictuelle qui a façonné, plus opposé deux nationalismes issus d'une même terre. S'appuyant sur des sources rarement exploitées, dont les travaux de chercheurs palestiniens, il renouvelle la lecture de cette histoire sur de nombreux points.




La Palestine expliqué a tout le monde, par Elias Sanbar

À ceux qui disent ne rien comprendre au "conflit israélo-palestinien", Elias Sanbar répond en restituant la continuité d'une histoire - depuis le mandat britannique à partir de 1917 jusqu'à aujourd'hui - que tant de commentaires ont souvent faussée ou étouffée. La Palestine, c'est l'histoire d'un pays absent que les Palestiniens ont emporté dans leur exil. C'est aussi le long combat qu'il leur a fallu mener pour retrouver un nom, une visibilité, une existence enfin. La Palestine d'Elias Sanbar, est polychronome, terre de pluralité, des origines et des croyances.


Comprendre l'État d'Israël, par Yakov Rabkin

Comment comprendre l'État d'Israël ? Faut-il se plonger dans la Bible ? Dans l'histoire de l'Empire russe ? Dans celle de l'antisémitisme européen ? Comment la sécurité est-elle devenue un enjeu fondamental dans un état fondé au sortir du génocide nazi précisément afin d'offrir un refuge aux juifs ? Israël n'est pas à un paradoxe près. Sa puissance manifeste contraste avec sa légitimité toujours contestée, y compris par d'ardents défenseurs de la tradition juive. Au-delà des clichés, l'historien Yakov Rabkin nous invite à revisiter les origines et la nature de l'État sioniste. Mettant en relief des aspects de l'histoire juive souvent occultés et oubliés, l'auteur montre comment le sionisme qu'incarne Israël marque une rupture profonde dans la tradition judaïque. 

samedi 5 juillet 2014

Lectures de vacances

L'été - le temps des vacances et des après-midi à lire au soleil - me donne envie de reprendre du service en tant que blogueuse pour vous donner quelques suggestions de lecture parmi les nouveautés des derniers mois.

Voici donc le premier billet d'une série de quelques uns (tant qu'il y aura de l'inspiration !) qui, j'ose l'espérer, vous permettront de choisir le livre qui accompagnera vos temps libres ! :)



Passé imparfait
Julian Fellowes
(Par le créateur de Downton Abbey)

Retraçant l'évolution de la haute société anglaise depuis la fin des années 1960, Julian Fellowes dresse le tableau d'une classe et d'un pays en pleine mutation. Il nous offre surtout un personnage inoubliable qui, au rythme de révélations qui le bouleverseront tout autant que le lecteur, va peu à peu prendre conscience que si les temps ont changé, lui aussi.





L'exception 
Audur Ava Olafdottir
(Par l'auteure de Rosa Candida)

**Un de mes coups de coeur des derniers mois, j'aurais voulu que ce roman ne finisse jamais !


"Tu seras toujours la femme de ma vie." Dans le vacarme d'un réveillon de nouvel an, Maria n'entend pas ce que Floki, son mari, lui annonce : il la quitte pour son collègue, spécialiste comme lui de la théorie du chaos. Heureusement, dans la nuit de l'hiver polaire, Perla est là, charitable voisine d'à peine un mètre vingt, co-auteur de romans policiers et conseillère conjugale. Ni Perla la naine surdouée, ni Maria l'Épouse idéale démunie devant une orientation sexuelle désormais incompatible, ni les autres acteurs de cette comédie dramatique à l'islandaise ne détournent le lecteur d'une alerte cocasserie de ton, d'une sorte d'enjouement tendre.


Métis Beach 
Claudine Bourbonnais

**Une belle surprise que ce roman, je l'ai dévoré ! 


À cinquante ans, le scénariste Roman Carr est au sommet de sa gloire. Sa série télévisée "In Gad we trust", satire cinglante de l'Amérique et de sa relation avec Dieu, fait un tabac. Roman Carr, né Romain Carrier, se taille une place enviable à Hollywood, aboutissement d'un long parcours tortueux pour ce Gaspésien qui a fui son village dans des circonstances troubles en 1962, à l'âge de dix-sept ans. À la fois roman d'apprentissage et fresque historique, "Métis Beach" est le grand récit de l'Amérique des sixties. Il traduit à merveille l'extraordinaire mouvement de libération qui a marqué cette époque, les dérèglements qui l'ont accompagné, mais surtout l'irrépressible idéalisme qui a emporté toute une jeunesse. 

Une histoire du monde sans sortir de chez moi 
Bill Bryson

**Un ouvrage d'Histoire qui se lit comme un roman ! 
Ayant découvert que ce qui s'était passé dans le monde depuis deux siècle s'était retrouvé sous forme d'objets et de rituels quotidiens dans notre intérieur, le plus drôle des écrivains voyageurs américains fait le tour de sa maison pour nous raconter cette grande aventure du génie humain - de l'invention de la tapette à souris à la conception de la tour Eiffel, de la saga des acariens à celle des milliardaires. Une histoire de l'envers du décor.





Geneviève Pettersen

**QUOI ! Tu ne l'as pas encore lu ? C'est LE roman québécois de l'année. 

La déesse des mouches à feu, c'est Catherine, quatorze ans, l'adolescence allée chez le diable. C'est l'année noire de toutes les premières fois. C'est 1996 à Chicoutimi-Nord, le punk rock, le fantôme de Kurt Cobain et les cheveux de Mia Wallace. Des petites crisses qui trippent sur Christiane F. et des gars beaux comme dans les films en noir et blanc. Le flânage au terminus et les batailles de skateux contre pouilleux en arrière du centre d'achats.





Patrick Anidjar

Grand reporter, Gabriel Linhardt, la cinquantaine, vit à Paris. Guitariste, c'est un passionné de jazz qui se produit dans les bars de la capitale. Un jour, il apprend qu'à New York, un vieil oncle à l'agonie demande à le voir. Pour ce fils unique, qui n'a eu pour famille que ses seuls parents - ; des communistes français -; le choc est total. A New York, Gabriel découvre qu'il a été adpoté et qu'il est le fils d'un grand trompettiste de jazz russe, Edouard "Eddie" Grymberg, et d'une jolie danseuse, Elsa, deux artistes juits qui se sont produit à Paris, à New York. Pour retrouver son héritage et savoir ce qu'est devenue sa mère, Gabriel va plonger dans l'histoire troublée du stalinisme.


vendredi 8 novembre 2013

Au bon roman

Un roman de Laurence Cossé

Qui, parmi les passionnés de roman, n'a rêvé un jour que s'ouvre la librairie idéale ? Non pas ce qu'on appelle une bonne librairie, où l'on retrouve de bons romans, mais une librairie vouée au roman où ne sont proposés que des chefs-d'oeuvre ? En se lançant dans l'aventure, Ivan et Francesca se doutaient bien que l'affaire ne serait pas simple. Comment, sur quels critères, allaient-ils faire le choix des livres retenus ? Parviendraient-ils un jour à l'équilibre financier ? Mais ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'était le succès. 

Un livre qui parle de livres, c'est toujours passionnant. D'ailleurs, dans Au bon roman, on a vraiment affaire à des passionnés. Ivan, un libraire désabusé rencontre par hasard Francesca, une riche héritière. Tous deux ont la passion du roman, de l'excellent roman même. Avec les connaissances d'Ivan et le capital de Francesca, ils se lancent dans la folle aventure d'ouvrir une librairie où les livres seraient minutieusement choisis par un comité secret, afin d'offrir aux lecteurs une sélection frôlant la perfection. Au-délà du succès qui les surprend, c'est davantage les attaques sournoises de la concurrence qui les déstabiliseront. 

Le livre débute sur une série de crimes posés à l'encontre d'inconnus. On comprend après quelques pages que ce sont les membres du comité de lecture de la librairie qui sont visés par ces tentatives d'assassinats. Le récit qui compose l'essentiel du roman est donc le témoignage que déposent Ivan et Francesca, les fondateurs de la librairie, à un inspecteur de police. Cette enquête et ces crimes donnent une saveur de polar au roman sans toutefois en faire un roman policier. L'histoire de la création de la librairie, que l'on voudrait réelle, est tout aussi passionnante que l'intrigue en soi. L'histoire nous ouvre d'ailleurs à une réflexion sur le milieu du livre et de l'édition, mais aussi sur l'opinion publique et le choix des lecteurs (qui est ici présentée comme une invention modelée par la critique). 


" Je veux parler de la façon qu'ont maintenant les auteurs de vivre en rivalité, jusqu'à écrire, me dit-on, avec l'idée d'écraser des rivaux. Les prix littéraires ont une grosse responsabilité à cet égard. Écrire pour l'emporter sur les autres: quelle pauvre ambition. L'ordre de la création culturelle a ceci de beau et de singulier qu'il offre de la place à tout le monde. Et on s'emploie à le borner ! On en fait un marché couvert, où quelques best-sellers occupent tout l'espace. On : les éditeurs industriels, les journalistes moutonniers, les grossistes de la culture. Ah, j'aime mieux le monde des amateurs (...)." (p.169)

Petit bémol peut-être; le narrateur n'est pas extérieur, mais son identité n'est révélée qu'à la toute fin du roman. Ça m'a un peu déstabilisée, je me demandais tout au long du roman si j'avais manqué les présentations. Il est d'abord omniscient, et plus la lecture avance, plus il prend de la place pour devenir finalement un personnage à part entière, qui interagit avec les autres. En outre, il ne faut pas compter sur ce roman afin d'établir une liste de lecture ou pour flatter nos connaissances littéraires ! Très peu de titres y sont nommés, et quand ça arrive, il s'agit de romans peu connus ( du moins, qui m'étaient inconnus).

Cette lecture tombait vraiment juste, en cadrant parfaitement avec mon état d'esprit. Pour s'y plaire, je crois toutefois qu'il faut être intéressé par le milieu du livre. C'est donc un roman à lire si on est un amoureux des bons romans, aimant flâner des heures dans une librairie ! 

Laurence Cossé, Au bon roman, Gallimard, 2009, 497 pages.

mercredi 30 octobre 2013

Le sel de la terre: Confessions d'un enfant de la classe moyenne

Un essai de Samuel Archibald


La classe moyenne est instrumentalisée par les politiciens et les commentateurs médiatiques, qui la dépeignent tantôt comme une immense cohorte de pauvres en devenir, tantôt comme une communauté martyrisée de contribuables parasités par l'État. Des pro­phètes de malheur annoncent même sa disparition. Enfant de la classe moyenne, Samuel Archibald a eu envie de se pen­cher sur ce qu'elle a été, ce qu'elle est devenue et ce qui l'attend. Et de parler de sa famille, des années 1980, de la religion du Publisac, de films de fin du monde et de stationnements de centres d'achats. 


Samuel Archibald, c'est cet écrivain, prof à l'UQAM, qui a charmé presque tout le monde avec son recueil de nouvelles Arvida paru en 2011 aux éditions Le Quartanier (récipiendaire du prix des libraires 2012 et du prix Coup de coeur Renaud-Bray). Il livre ici un essai dans lequel il s'interroge sur la classe moyenne au Québec. 

Ce que j'avais aimé d'Arvida, c'est l'univers ultraréaliste de Samuel Archibald ainsi que sa façon très personnelle de nous raconter ses histoires. Toutefois, j'avais trouvé que le corps de ses histoires manquait de tonus, et que la plupart des nouvelles tombaient à plat. Dans Le sel de la terre, je retrouve toute l'intelligence de l'auteur, sa façon de raconter qui me donne vraiment l'impression de lire un ami, un gars de ma génération. D'ailleurs, cet essai me fait un peu penser au style des articles de Urbania, mordant, mais terre-à-terre, dans lesquels on n'utilise pas nécessairement le joual, mais où l'on se permet un "criss" si c'est nécessaire (et Dieu sait que parfois, ce l'est !). 

"La classe moyenne est définie par ceux qui s'identifient à elle, la courtisent, la commentent. Elle se caractérise ainsi surtout en fonction d'un double rapport : au pouvoir (qu'elle ne désire pas réellement, mais par lequel elle se sent flouée) et  l'argent (dont elle dispose de façon mesurée: "Ni riche ni pauvre", telle est sa devise). Que tout le monde et son beau-frère se réclament de la classe moyenne témoigne du caractère excessivement souple de la notion, mais aussi de sa force identitaire." (p.24)

Il présente donc dans cet essai sa vision de la classe moyenne québécoise, son origine, son rapport à l'argent, sa personnalité, mais aussi son endettement et son individualisme. Le contenu est allégé par les "confessions" d'Archibald, qui sont en fait ses souvenirs d'enfance, et qui illustrent de façon relativement pertinente son propos. Nous n'avons pas affaire ici à un ouvrage scientifique rempli de chiffre et de statistique, mais bien à un livre d'opinion, léger, mais intelligent et surtout fort bien écrit. 

À découvrir ! 

Samuel Archibald, Le sel de la terre, Atelier 10, 2013, 75 pages. 


mardi 29 octobre 2013

Esprit d'hiver

Un roman de Laura Kasischke

Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d'angoisse inexplicable. Rien n'est plus comme avant. Le blizzard s'est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement si affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant. 


Laura Kasischke est une auteure et poétesse américaine qui connaît davantage de succès en France qu'aux États-Unis. Son dernier roman, Esprit d'hiver, qui vient tout juste de paraître, fait déjà beaucoup parler de lui. 

Kasischke y raconte l'histoire de Holly qui, le jour de Noël, reste coincée à la maison avec son adolescente de 15 ans. Alors que la tempête fait rage, les invités annulent leur présence au dîner de Noël et la tension monte entre la mère et la fille. Holly se réveille avec l'impression que quelque chose cloche, et cette angoisse la suit tout au long de la journée, alors que sa relation avec sa fille ne fait qu'empirer. 

Ce huis clos, favorisé par l'atmosphère étouffante du blizzard, permet un récit haletant et qui entraîne le lecteur dans un sentiment de malaise, qui ne cesse de croître au fil des pages. L'état de confusion de la mère l'amène à revoir des épisodes de son passé à la recherche de l'origine de son inconfort. Ces retours dans le temps, l'auteure nous les présente sous forme de redites qui loin d'être dérangeantes, nous plonge plutôt peu à peu dans le même état de confusion que celui de la mère.


"Il y avait quelque chose dans tout ça. Quelque chose au sujet de tout ça qu'elle craignait de ne jamais comprendre si elle ne trouvait pas le temps de s'asseoir à son bureau et de le découvrir en mot avec un stylo ! Et pourtant, ce qu'elle était en train de faire - étreindre son enfant - l'empêchait de s'éclipser, de trouver un stylo et du papier ou d'allumer l'ordinateur." (p.88)

Le questionnement de Holly sur le comportement de sa fille et sur son propre rôle de mère prend de plus en plus de place au coeur de l'histoire. L'auteure parvient à créer un véritable thriller psychologique, à la façon d'un Shutter Island, où la confusion et l'incompréhension du personnage principal rongent l'esprit du lecteur. 

Le roman m'a également fait penser à Sukkwan Island de David Vann, pour le contexte de huis clos forcé entre un parent et son enfant où l'on assiste à la perte de contrôle du parent qui devrait pourtant faire office de repère. 

Bref, c'est un roman coup-de-poing, dans lequel on embarque rapidement, et qui nous tient en haleine jusqu'à la dernière page. La fin surprenante me hante encore. À lire, et vite !

Laura Kasischke, Esprit d'hiver, Christian Bourgois éditeur, 276 pages.  

lundi 21 octobre 2013

Persepolis

Une bande dessinée de Marjane Satrapi

Je prends carrément goût aux bandes dessinées ! Cette fois-ci, j'ai lu Persepolis,  qui nous entraîne dans le récit auto-biographique de l'auteure, illustrant sa jeunesse en Iran lors de la révolution islamique puis de la guerre Iran-Irak. 

C'est avec des dessins sobres en noir et blanc accompagnant d'assez longs textes que Marjane Satrapi nous fait découvrir une partie de l'histoire de cette nation qui, soyons francs, nous est méconnue. J'ai lu le recueil regroupant les quatre tomes, chacun divisé en dix courts chapitres, parus entre 2000 et 2003.

La narratrice, Marjane, débute son récit alors qu'elle a à peine dix ans. Enfant unique, elle grandit au coeur d'une famille aisée, avec des idées plutôt de gauche. Nous la voyons faire face à la répression grandissante, à l'imposition du voile, puis à la guerre, et à l'exil. Cette lecture ne constitue certes pas un cours d'histoire de la Perse, mais pourra susciter l'intérêt et permettre de réfléchir aux notions d'intégrité, de persécution et d'identité. 

Considéré comme un réel succès tant chez les critiques que pour les lecteurs (un peu moins du côté islamiste toutefois), Persepolis a été porté à l'écran en 2007, par l'auteure, dans un long métrage d'animation présenté à Cannes. Le film a également été nommé aux Oscar en 2008. En voici la bande-annonce: 


En cette période où juger l'autre semble être à la mode, cette lecture m'apparaît tout désigné !

Marjane Satrapi, Persepolis, L'association, 2007.

jeudi 17 octobre 2013

Inferno

Un roman de Dan Brown 

Robert Langdon, professeur de symbiologie à Harvard, se réveille en pleine nuit à l'hôpital. Désorienté, blessé à la tête, il n'a aucun souvenir des dernières trente-six heures. Pourquoi se retrouve-t-il à Florence ? D'où vient cet objet macabre que les médecins ont découvert dans ses affaires ? Quand son monde vire brutalement au cauchemar, Langdon va s'enfuir avec une jeune femme, Sienna Brooks. Rapidement, Langdon comprend qu'il est en possession d'un message codé crée par un éminent scientifique - un génie qui a voué sa vie à éviter la fin du monde, une obsession qui n'a d'égale que sa passion pour l'une des oeuvres de Dante Alighieri: le grand poème épique Inferno. 
Pris dans une course contre la montre, Langdon et Sienna remontent le temps à travers un dédale de lieux mythiques, explorant passages dérobés et secrets anciens pour retrouver l'ultime création du scientifique - véritable bombe à retardement - dont personne ne sait si elle va améliorer la vie sur terre ou la détruire.

Je viens tout juste de terminer Inferno le dernier roman de Dan Brown, l'auteur du désormais célèbre Da Vinci Code. Dans ses précédents romans, l'auteur nous avait habitués à des chasses au trésor haletantes, à des complots réalisés par d'antiques organisations secrètes (Opus Dei, Illuminati, Francs-Maçons), à des courses contre la montre, et surtout à des pages regorgeant des plus troublants secrets de l'histoire, plus ou moins réalistes. C'est tout ce qui avait fait le succès de Da Vinci Code et de Anges et démons. C'est tout ce qui ne fera pas le succès de Inferno

D'abord, le rythme d'Inferno n'est pas aussi infernal (!) qu'on pourrait s'y attendre. Langdon, le réputé professeur de symbiologie, se fait vieux, et son amnésie ne l'aide vraiment pas à nous surprendre par ses connaissances phénoménales. Il navigue en plein mystère, ce qui ne contribue pas à étoffer le récit. Et que dire de sa comparse, Sienna Brooks, supposée être un génie avec un QI dépassant les 200, mais qui semble la plupart du temps un peu nouille. En outre, les secrets de l'histoire sont un peu moins savoureux - voire inexistants - cette fois-ci, l'enjeu reposant sur une crise très contemporaine, nous donnant parfois l'impression d'être au coeur d'un roman de science-fiction.

"Sur l'écran s'afficha le titre de sa conférence: Le divin Dante ou la symbolique de l'Inferno. - L'Enfer est si riche en symboles et en iconographie que souvent, je consacre un semestre entier à son étude. Et ce soir, je ne vois pas de meilleure façon de dévoiler ces symboles qu'en faisant le voyage avec Dante. Alors, je vous propose de passer avec lui les portes de l'Enfer... "(p.111)

Plutôt que de m'accrocher, les trop nombreux revirements de situation m'ont fait perdre le fil - et l'intérêt. Quand ça fait trois fois que le même personnage passe de bon à méchant, on finit par douter de la cohérence de l'auteur. J'ai lu les cent dernières pages en priant pour éviter un autre rebondissement et en luttant contre l'envie de sauter des pages, pour me sortir de cet "enfer". 

Par contre, comme les autres romans de Dan Brown, Inferno nous fait visiter de grandes villes européennes et nous amène au coeur des musées les plus réputés ou les plus méconnus de ces cités. On a encore une fois droit à des descriptions intéressantes sur des oeuvres d'art qui ont marqué l'histoire. D'ailleurs, j'ai lu le roman en me référant régulièrement au site web Inferno Guide, qui offre de l'information supplémentaire, des photos et des cartes, permettant une expérience de lecture encore plus complète. 

À lire surtout si on est mordu de l'auteur. À mon avis, pour des histoires de peste et d'enquêtes policières davantage efficaces, mieux vaut lire Pars vite et reviens tard de Fred Vargas. 

Inferno, Dan Brown. JCLattès, 2013, 567 pages.

vendredi 11 octobre 2013

Chroniques de Jérusalem

Une bande dessinée de Guy Delisle

Guy Delisle et sa famille s'installent pour une année à Jérusalem. Pas évident de se repérer dans cette ville aux multiples visages, animée par les passions et les conflits depuis près de 4.000 ans. Au détour d'une ruelle, à la sortie d'un lieu saint, à la terrasse d'un café, le dessinateur laisse éclater des questions fondamentales et offre une vision différente de Jérusalem.


J'ai beaucoup entendu parler des Chroniques de Jérusalem mais j'ai longtemps repoussé le moment de découvrir cette bande dessinée. J'ai (re)découvert l"univers de la BD récemment avec entre autres Le journal de mon père l'oeuvre du japonais Jirô Taniguchi. Tandis qu'avec Taniguchi j'ai découvert le Japon des années 50 et 60, Chroniques de Jérusalem m'a, bien sûr, permis d'en apprendre plus sur cette ville et la région qui l'entoure, sur sa diversité culturelle et religieuse mais aussi sur l'origine et l'ampleur des conflits qui y font toujours rage. 

La conjointe de Guy Delisle travail pour médecins sans frontière, ce qui amène toute la famille à beaucoup voyager. Delisle a d'ailleurs déjà publié deux albums sur ses séjours en Corée du Nord (ici) et en Birmanie (ici). Je n'ai pas lu ces deux albums, mais la découverte des Chroniques de Jérusalem me donne carrément envie de lire tout ce qu'a fait l'auteur.


Avec une pointe d'humour et des dessins délicats - voire naïfs - Delisle nous fait découvrir Jérusalem. Sans être didactique cette BD est une bonne source d'information, mais donne surtout envie d'en apprendre plus par nos propres moyens. En plus, la BD ça se lit trop rapidement pour s'en passer ! 

Guy Delisle, Chroniques de Jérusalem, Delcourt, 2011, 334 pages.







dimanche 6 octobre 2013

La nostalgie heureuse

Un roman de Amélie Nothomb

"Tout ce que l'on aime devient une fiction." - Amélie Nothomb. 

Depuis 1992, rentrée littéraire rime avec Amélie Nothomb. Cette année, l'auteure belge nous présente La nostalgie heureuse qui raconte son retour au Japon dans le cadre d'un documentaire de la télévision française. Amélie Nothomb n'avait pas remis les pieds dans le pays qui l'a vue naître et grandir depuis seize ans, c'est donc avec nostalgie qu'elle retrouvera son école maternelle, le quartier où elle a grandi - qui fut détruit par le tremblement de terre de 1995 - mais également sa nounou et son ancien fiancé. 

La nostalgie heureuse est un roman autobiographique qui constitue en quelque sorte une suite logique à Stupeur et tremblements, métaphysique des tubes et Ni d'Ève ni d'Adam, romans qui sont d'ailleurs mentionnés à quelques reprises dans le dernier Nothomb et que je vous suggère de lire (voire même de relire) avant de débuter celui-ci. 

On y découvre une Amélie qui se questionne sur sa propre existence et qui se surprend à retrouver son visage sur une ancienne photo de classe, puisqu'elle s'était laissée "envahir d'un si profond sentiment d'irréalité" qu'elle en était venue à douter de son passé nippon (p.69). Mais à l'issue de ce voyage, c'est une impression d'accomplissement qui marquera l'écrivaine, et qui lui fera - étrangement - ressentir le vide des moines zen, le kensho.

"Pour traduire combien je suis nostalgique de mes jeunes années dans le Kansai, j'entends l'interprète dire "nostalgic" au lieu de l'adjectif "natsukashii" que je tiens pour l'un des mots emblématiques du japonais. Après l'interview, dans le taxi qui nous conduit au restaurant réservé par l'éditeur, j'essaie de tirer cela au clair avec Corinne. 
- "Natsukashii" désigne la nostalgie heureuse, répond-elle, l'instant où le beau souvenir revient à la mémoire et l'emplit de douceur. Vos traits et votre voix signifiaient votre chagrin, il s'agissait donc de nostalgie triste, qui n'est pas une notion japonaise." (p.90)


Il s'agit d'un roman plus intime et plus réfléchi que ses derniers livres. Toutefois, je crois qu'il faut connaître l'auteure, avoir déjà un lien ou même un attachement pour le personnage qu'est Amélie Nothomb pour être touché par ce livre, justement en raison de son caractère intimiste. En effet, la présence des caméras tournées sur elle, l'équipe de tournage centré sur sa personne et même l'idée de pèlerinage peuvent déranger les moins convaincus et faire décrocher les non-initiés. 

Bref, un roman à lire lorsqu'on aime Amélie. (Mais si vous ne la connaissez pas, qu'attendez-vous ? )

mercredi 2 octobre 2013

Maine

Un roman de J. Courtney Sullivan 

Pourquoi la vie de famille est-elle si compliquée ? Et comment faire quand la moindre conversation peut déclencher un drame ? Les femmes de la famille Kelleher se posent les mêmes questions mais n'y apportent jamais les mêmes réponses. Réunies pour une dernière fois dans leur maison de vacances du Maine, Alice (la grand-mère), Kathleen (la mère), Maggie (la petite-fille) et Ann Marie (la belle-fille) tentent de vivre ensemble malgré les secrets et les discordes passées. Cet été bouleversera leur existence. 

Il me semblait avoir entendu quelqu'un en librairie comparer Maine avec La vérité sur l'affaire Harry Québert, mais je dois forcément  avoir mal entendu. Non pas que Maine soit un mauvais livre, mais on est loin du "page turner" de Joël Dicker. 

On a plutôt affaire ici à une histoire de famille où les relations sont houleuses, et le resterons quasiment tout au long du récit. Chaque chapitre a comme personnage principal l'une des quatre femmes de cette famille irlandaise, ce qui permet de comparer leur version des faits et d'expliquer certaines tensions. Cela permet également de découvrir les qualités de celles qui sont décrites si négativement par leurs proches. 

La religion catholique et ses valeurs prennent une grande place dans ce roman et se traduisent de différentes façons selon les personnages; en culpabilité chez la grand-mère, en jugement chez la belle-fille, en rédemption chez la fille. Maine nous parle également du choc des générations, de la perte des traditions, et de la pression familiale. 

"Les années passèrent. Elle ne s'habituait pas à la façon qu'avait le temps d'accélérer sa course. Il y eut des petits-enfants. Daniel prit sa retraite. Ses enfants venaient désormais dans le Maine quand cela leur chantait, sans jamais prendre la peine de prévenir. Ils se contentaient d'apporter des hot-dogs, des bières, des gâteaux ou une tarte aux myrtilles de chez Ruby's Market. Chaque été Daniel et elle restaient les deux points de repère dans ce tourbillon."(p.26)

J'ai detesté le personnage de Kathleen alors que les trois autres femmes m'ont presque attendrie. En outre, j'aurais aimé que l'auteure accorde plus d'importance aux paysages côtiers du Maine en décrivant plus amplement les lieux (comme l'a fait par exemple Claudie Gallay ici). Et si quelqu'un comprend la fin, prière de me faire signe, parce que ça m'a surtout donné l'impression que l'auteure ne savait pas comment boucler l'histoire. Peut-être aussi que ça laisse présager une suite... 

Somme toute une histoire divertissante, mais légère. Dans la lignée des romans féminins américains moyens (Elin Hildebrand, Barbara Delinsky, et cie.) À découvrir pour se changer les idées et décrocher, et surtout pour se rappeler que notre famille est pas si terrible finalement ! 

J. Courtney Sullivan, Maine, Éditions Rue Fromentin, 2013, 450 pages. 

dimanche 29 septembre 2013

Sukkwan Island

Un roman de David Vann 

Une île Sauvage du sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou pas hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. 
Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable. Avec ce roman qui nous entraîne au coeur des ténèbres de l'âme humaine, David Vann s'installe d'emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan. 

Le premier roman de David Vann, Sukkwan Island est bouleversant. Je ne pense pas avoir lu souvent de récits comme celui-là. Dès les premières pages, l'auteur réussi à nous mettre dans un état de tension psychologique, on lit en retenant notre souffle, dans l'attente d'une tragédie qui semble inévitable.

L'exercice narratif est excellent. Il me semble que beaucoup d'auteurs devraient prendre en exemple le travail de Vann, qui parvient à présenter au lecteur un personnage principal adolescent, sans faire de fausse note dans la narration.

Et que dire de l'histoire ! Tout les éléments pour créer un bon suspens sont présents: un père égoïste et narcissique, une cabane au fond du bois, un île déserte en Alaska, un fils qui regrette d'être là aussitôt arrivé et, bien sûr, des ours et des tempêtes de neige.
"Jim ressentait une rage incontrôlable. Il entra dans la cabane à la recherche de quelque chose, il s'approcha de la radio, la souleva et la précipita au sol, puis il la frappa du pied, encore et encore, avant de saisir la lampe tempête qu'il lança contre le mur où elle explosa, alors il empoigna la VHF et la jeta avant de passer à un sachet de saumon fumé ouvert sur la table, puis il colla un coup de pied dans la table et s'arrêta au milieu de la pièce car quelque minutes à peine venaient de s'écouler, peut-être moins, et cette rage destructrice n'avait aidé en rien. Elle ne l'intéressait même pas. Tout ça lui avait donné l'illusion de la vie, mais ce n'était plus rien à présent. "(p.118)
Sukkwan Island est un roman déstabilisant, qu'on lit d'un seul trait et à bout de souffle. Seul bémol, la fin qui s'étire peut-être un peu, mais pas au point de nuire à l'expérience de lecture. À lire !

David Vann, Sukkwan Island, Gallmeister, 2010, 192 pages. 


lundi 9 septembre 2013

Le goût des pépins de pomme

Un roman de Katharina Hagena

À la mort de Bertha, ses trois filles, Inga, Harriet et Christa, et sa petite-fille, Iris, la narratrice, se retrouvent dans leur maison de famille, à Bootshaven, dans le nord de l'Allemagne, pour la lecture du testament. À sa grande surprise, Iris hérite de la maison et doit décider en quelques jours de ce qu'elle va en faire. Bibliothécaire à Fribourg, elle n'envisage pas, dans un premier temps, de la conserver. Mais, à mesure qu'elle redécouvre chaque pièce, chaque parcelle du merveilleux jardin qui l'entoure, ses souvenirs se réveillent, reconstituant l'histoire émouvante, parfois rocambolesque, mais essentiellement tragique, de trois générations de femmes. 
Katharina Hagena nous livre ici un grand roman sur le thème du souvenir et de l'oubli. 

Quel joli roman que celui-ci ! Le titre est beau, la couverture est belle, l'écriture est travaillée, et l'histoire est toute en délicatesse. L'auteure de Le goût des pépins de pommeune spécialiste de l'oeuvre de James Joyce, enseigne la littérature à l'université de Dublin. Dans ce roman, l'on ressent tout son intérêt pour l'écriture et la littérature sans que cela ne vienne jamais alourdir le texte. 

"Il paraissait sans cesse pris de court, et du reste, il était court sous tous rapports, faisait non seulement commerce de ces menues marchandises qui s'appellent chez nous "marchandises courtes", mais était par ailleurs court de bras, de jambes, de nez, de cheveux, de tout, et courtes étaient aussi ses phrases, et court le fil de sa patience." (p.62)

C'est sur le thème des souvenirs et de l'oubli que se décline cette histoire de famille. L'action se déroule en Allemagne et pour faire changement, rien (ou si peu) ne nous rappelle le passé trouble de ce pays. Presque aucune allusion n'est faite à la guerre, au nazisme et à la séparation de l'Allemagne. Loin d'être du déni, je crois seulement que ça nous démontre que l'Allemagne n'est pas que cela. De toute façon, cette histoire pourrait se dérouler au Québec, ou en Inde, puisque les histoires de famille, le souvenir, la maladie, et les tragédies sont des thèmes universels. 

"Lorsqu'on perd la mémoire, le temps passe d'abord beaucoup trop vite, ensuite plus du tout. "Oh, il y a si longtemps de cela", disait ma grand-mère Bertha à propos de choses qui remontaient à une semaine, à trente ans ou à dix secondes. Elle soulignait cette remarque en balayant l'air d'une main dédaigneuse et avec une pointe de réprobation dans la voix. Elle était toujours sur ses gardes. Est-ce que par hasard on la testait ?"(p.84)

C'est la maladie d'Alzheimer dont souffrait la défunte grand-mère Bertha qui permet à l'auteure d'aborder le sujet de l'oubli. C'est également par le retour dans la maison de son enfance que la narratrice de l'histoire sera amenée à retomber dans ses souvenirs, à faire le jour sur certains mystères, mais également à laisser des questions en suspens. 

Une belle histoire, douce sans être trop sentimentale. À lire !

Katharina Hagena, Le goût des pépins de pomme, éditions Anne Carrière, 2010, 268 pages. 

samedi 7 septembre 2013

La Baie des Baleines

Un roman de Jojo Moyes

Sur les plages préservées au sud de Sydney, Silver Bay est un véritable havre de paix. C'est ici que s'est réfugiée Liza McCullen avec sa fille Hannah pour échapper à sa vie passée. Mais l'arrivée de Mike Dormer va bouleverser la tranquillité de la petite communauté. Cet Anglais affable, trop curieux, menace d'anéantir tous les efforts de Liza pour sauver le petit hôtel familial et protéger les baleines. 
La baie des baleines nous plonge avec délice dans la nature sauvage australienne, autour de personnages en quête de nouveau départ. 


Pour oublier le "pénible" moment que j'ai vécu en lisant Les adieux à la Reine, j'ai été à la bibliothèque municipale afin de trouver un roman léger. Je suis tombé sur La Baie des Baleines, roman qui semblait tout désigné pour passer un bon moment sans trop réfléchir. 

Et c'est exactement ce que ce roman m'a permis de faire. Il m'a diverti en m'entraînant sur les côtes tranquilles de l'Australie pittoresque dans l'hôtel de cette adorable famille. J'avais presque l'impression de lire le scénario d'une comédie romantique américaine. 

"Ma chambre donnait directement sur la baie, sans même une route entre la maison et la plage. La veille j'avais dormi la fenêtre ouverte, bercé par les vagues pour ma première nuit de sommeil digne de ce nom depuis des mois, et tandis que l'aube commençait à poindre, j'avais vaguement perçu les camions des baleiniers, leurs pneus crissant sur le sable mouillé, et les allées et venues des pêcheurs sur les galets." (p.88)

Chaque chapitre a un narrateur différent ce qui au début semblait déstabilisant, mais qui au fil des pages permet d'apporter différents points de vue. Bien sûr l'histoire est un peu prévisible, j'avais l'impression de connaître l'issu du récit dès la page 50. Toutefois, l'auteure est parvenue à intégrer des revirements inattendus, et je me suis surprise à être plutôt captivée par l'histoire. 

Lorsque l'on réussit à oublier les ressemblances avec La Grenouille et la baleine (Ha!) il s'agit somme toute d'un roman divertissant, quoique léger. 

Jojo Moyes, La Baie des Baleines, JCLattès, 2012, 372 pages. 

vendredi 30 août 2013

La fin des temps

Un roman de Haruki Murakami

À Tokyo, dans le laboratoire souterrain d'un immeuble très protégé, un homme doit brouiller un programme informatique à la demande du vieux savant qui l'a inventé. Ce travail a priori banal, le précipite dans des profondeurs hantées de « ténébrides » et de nervix. Ce qui n'entame pas son appétit d'amours, de cuisine, l'alcool et de musique. 

Dans une ville fortifiée, sans affect, sous plaisir et sans larme, un homme, séparé de son ombre, doit lire des rêves dans des crânes de licorne. 

Entre  ce « pays des merveilles sans merci  » et ce lieu de la « fin du monde », si antinomiques, circulent des pensées fugaces, des objets tangibles qui semblent témoigner - sans certitude - que réalités et rêves de ces deux espaces-temps cohabitent, que l'un et l'autre homme pourraient ne faire qu'un.


J'ai acheté ce roman parce que j'ai eu un coup de coeur pour la couverture de l'édition spéciale (avec un jaquette en plastique ligné bleu !). Mais également parce que plusieurs personnes m'ont parlé de Murakami et que je voulais découvrir cet auteur. J'ai choisi ce livre sans même en connaître l'histoire, mais je savais déjà que Murakami faisait dans le roman mystérieux, à la frontière de la science-fiction et du rêve.

Cet univers est loin de ma zone de confort. 

J'ai d'abord été charmé par l'écriture de Murakami, par la façon qu'il a de décrire pendant plusieurs pages un ascenseur, et les sensations que cet ascenseur provoque chez le narrateur, sans que ce soit lourd. J'ai été porté par le récit, jusqu'à ce que l'action arrive. Mais cette lecture m'aura permis de découvrir que je préfère les histoires où il n'y a pas trop d'aventures finalement ! J'avais l'impression de lire un Jules Vernes sur le LSD. 

"Vérifiant où nous posions les pieds à l'aide de la lampe dirigée vers le sol, nous continuâmes à avancer de coté, pas à pas. De temps en temps, le vent froid qui nous caressait les joues amenait à nos narines une odeur pestilentielle de poisson mort, qui chaque fois me coupait la respiration. C'était comme si nous étions prisonniers du ventre d'un énorme poisson aux entrailles retournées et grouillantes de vers. On entendait toujours les cris des ténébrides. C'était aussi désagréable à entendre qu'un son extirpé de force à quelque chose qui ne peut pas en produire." (p.469)

J'ai beaucoup aimé l'alternance entre deux histoires qui semblent d'abord tout à fait éloignées et qui finalement se recoupent. J'ai aussi beaucoup aimé le fait que les deux personnages principaux soient aussi confus que moi devant les situations improbables auxquelles ils font face. J'avais l'impression d'être à leur côté, de partager leur surprise. Finalement, j'ai apprécié les clins d'oeil musicaux et littéraires que l'on retrouve tout au long du roman et qui contribuent à augmenter la confusion: des situations fantastiques/énigmatiques dans un univers connu, à la limite du banal. 

En somme, j'ai été déstabilisé par mon expérience avec Murakami. J'ai aimé l'histoire, et le style de l'auteur, sans être transportée comme certains l'auront été. Je lirai peut-être autre chose de l'auteur, mais... ça ne presse pas !

Haruki Murakami, La fin des temps, Folio, 2012, 629 pages.

lundi 19 août 2013

Les vestiges du jour

Un roman de Kazuo Ishiguro

Stevens a passé sa vie à servir les autres, majordome pendant les années 1930 de l'influent Lord Darlington puis d'un riche Américain. Les temps ont changé et il n'est plus certain de satisfaire son employeur. Jusqu'à ce qu'il parte en voyage vers Miss Kenton, l'ancienne gouvernante qu'il aurait pu aimer, et songe face à la campagne anglaise au sens de la loyauté et de ses choix passés...

Dire que j'ai failli abandonné ce roman après quelques chapitres... Quelle erreur j'aurais fait ! Je serais passé à côté d'une grande histoire, dont la force repose à la fois sur la justesse de l'écriture et sur la puissance des non-dits, et si parfaitement écrite qu'on croirait lire les mémoires authentiques d'un majordome anglais. Difficile de croire que ce livre a été écrit dans les années 1980 !

Stevens, majordome dans une grande maison anglaise nous fait part de ses réflexions sur son travail qui, jusqu'à ce jour, a représenté toute sa vie. Le voyage qu'il entreprend en voiture est l'une des rares occasions qu'il aura eu de quitter les murs du domaine où il est employé. Le but du voyage; retrouvé Miss Keaton, ancienne collègue de travail. Nous apprendrons - entre les lignes toujours - qu'ils ont jadis été amoureux. 

Stevens est certes un grand majordome, lui qui a toujours mis son travail de l'avant avec "dignité". C'est une histoire de loyauté, de sentiments refoulés; "Stevens vous allez bien ? - Oui monsieur. Parfaitement bien.  - Vous avez l'air de pleurer." Jamais, dans son récit, Stevens ne mentionnera la présence d'une quelconque émotions, autre que la fierté du travail bien accompli, et c'est à demi-mots que l'on comprend que le destin de Stevens aurait pu être totalement différent... 

"Mais si un majordome espère arriver à avoir un quelconque mérite au cours de sa vie, il faut bien qu'arrive un moment où il met fin à sa quête; un moment où il se dit : "Cet employeur incarne tout ce que je trouve noble et admirable. Dorénavant, je me consacrerai à son service." Cela, c'est de la loyauté jugé intelligemment. Où est l'absence de "dignité" dans cette attitude ?" (p.280)

C'est donc une histoire empreinte de tristesse et de refoulement rédigé dans un style impeccable que je vous invite à découvrir !

Kazuo Ishiguro, Les vestiges du jour, Gallimard, 1989. 
Aussi chez Folio.


dimanche 11 août 2013

Un homme à distance

un roman de Katherine Pancol

"Ceci est l'histoire de Kay Bartholdi. Un jour Kay est entrée dans mon restaurant. elle a posé une grosse liasse de lettres sur la table. Elle m'a dit : tu en fais ce que tu veux, je ne veux plus les garder." Ainsi commence ce roman par lettres comme on en écrivait au XVIIIe siècle. Il raconte la liaison épistolaire de Kay Bartholdi libraire à Fécamp, et d'un inconnu qui lui écrit pour commander des livres.


Ce roman de Katherine Pancol a été publié en 2002. C'est une histoire épistolaire, présentant la relation entre une libraire et son client. Ce qui m'a beaucoup fait penser à 84 Charing Cross Road. C'est aussi une bonne lecture pour qui a aimé Quand souffle le vent du nord ou encore Le cercle littéraires des amateurs d'épluchures de patates. Ces romans épistolaires ont d'ailleurs tous l'avantage de se lire très rapidement !

Ainsi Pancol, que j'avais connu avec sa trilogie débutant par Les yeux jaunes des crocodiles nous offre ici un roman beaucoup plus intimiste. On y découvre aussi son amour de la littérature, puisque par la bouche des ses personnages, elle nous parle de livres et d'auteurs, de Madame de Lafayette jusqu'à Stefan Zweig. Et on fini par se reconnaître un peu dans l'affection presque charnel que porte Kay aux romans... 

"J'ai dévoré le livre. Jonathan... Le soleil montait par-dessus les toits en ardoise du village, les tables se vidaient puis se remplissaient autour de moi, les clients venaient faire leur tiercé, les vieux habitués, le coude fondu dans le bar, tout congestionnées, additionnaient les verres, les enfants couraient autour des tables, les femmes tendaient leur visage au soleil en clignant de l'oeil, les hommes s'épongeaient le front et je lisais. Je lisais. Je lisais. Je lisais. " (p.102)

L'histoire est touchante. Une libraire, une femme blessée par l'amour, s'est réfugiée dans une petite ville normande après un échec amoureux. L'homme, un auteur de guide touristique, lui commande des livres. Ensemble ils discuteront de littérature, puis, peu à peu, échangeront des confidences.

Un homme à distance est à découvrir si on aime le genre et surtout si on aime les livres qui parlent de livres !

Katherine Pancol, Un homme à distance, Le livre de poche, 2002. 
Helen Hanff, 84 Charing cross road, Le livre de poche. 
Daniel Glattauer, Quand souffle le vent du nord, Le livre de poche, 2011. 
Mary Ann Schaffer, Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, Nil, 2009. 
Katherine Pancol, Les yeux jaunes des crocodiles, Le livre de poche, 2007. 

jeudi 8 août 2013

Le vieux qui lisait des romans d'amour

Un roman de Luis Sepulveda

Antonio José Bolivar connaît les profondeurs de la forêt amazonienne et ses habitants, le noble peuple des Shuars. Lorsque les villageois d'El Idilio les accusent à tort du meurtre d'un chasseur blanc, le vieil homme quitte ses romans d'amour - seule échappatoire à la barbarie des hommes - pour chasser le vrai coupable, une panthère majestueuse...

Ce court roman du Chilien Luis Sepulveda a reçu un accueil unanime de la part des critiques et du public lors de sa parution en 1992. Depuis, il trône parmi les lectures scolaires obligatoires et a sa place aux côtés des classiques de la littérature mondiale. 

Je me demande donc comment j'ai pu passer aussi longtemps à côté de cette lecture ! C'est ma libraire préférée qui m'a recommandé de le lire sans plus attendre. Effectivement, tout est attirant dans ce livre, son petit nombre de pages, son titre charmant de même que la couverture éclatante de l'édition poche parue chez Point. De plus, il s'insérait à merveille dans ma thématique Amérique Latine (qui est au beau fixe depuis un moment). 

"Il savait lire. Ce fut la découverte la plus importante de sa vie. Il savait lire. Il possédait l'antidote contre le plus redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire. Mais il n'avait rien à lire." (p.56)

Je ne veux pas trop en dire sur ce roman mais j'aimerais vous donner envie de le lire à votre tour, si ce n'est déjà fait. 

L'histoire est simple et intemporelle, le personnage principal attachant. Le vieil homme doit sortir de sa retraite tranquille au coeur de la jungle afin de chasser un animal sauvage. La bêtise de l'humain moderne y côtoie la sagesse des indigènes sans fausse démagogie. 

À elle seule, la dernière phrase du roman en vaut des centaines d'autres. 

À lire. À relire. 

Luis Sepulveda, Le vieux qui lisait des romans d'amour, Point, 1994. 121 pages.