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vendredi 23 janvier 2015

Inconnu à cette adresse

Par Kesmann Taylor

Ils sont tous deux allemands. L'un est juif, l'autre non, et leur amitié semble indéfectible. Ils s'expatrient pour fonder ensemble une galerie d'art en Californie mais, en 1932, Martin rentre en Allemagne. Au fil de leurs échanges épistolaires, Max devient le témoin impuissant d'une contamination morale sournoise et terrifiante : Martin semble peu à peu gagné par l'idéologie du IIIe Reich. Le sentiment de trahison est immense ; la tragédie ne fait que commencer...

J'ai lu inconnu à cette adresse dans le cadre du défi de lecture 2015. Puisqu'il s'agit d'un très court récit (80 pages environ) il comble parfaitement le critère "livre lu en une journée". 

J’ai vraiment un penchant pour les récits épistolaires, même quand ils sont fictifs. C’est un genre qui laisse place à l’imagination et j’aime penser à tout l'univers qui se déroule à l’extérieur des lettres.

Inconnu à cette adresse, écrit 1938 par Kathrine Kresmann Taylor, une américaine d’origine allemande, nous permet donc de lire les lettres que s’échangent deux amis de longue date également partenaires d’affaire. L’un d’eux est juif, il demeure en Californie et le second, Martin, est de retour en Allemagne au moment où Hitler accède au pouvoir. Le ton, d’abord amical et chaleureux, se durcit rapidement tandis que l’idéologie nazi se taille une place entre les deux hommes.  Même si un océan sépare Max et Martin, le fascisme parviendra à détruire bien davantage que leur amitié.


L’amitié et la trahison sont au cœur de ce récit très fort, qui nous fait découvrir encore une autre facette de cette sombre période de l’histoire. Il s’agit sans aucun doute d’un incontournable. 


mercredi 18 décembre 2013

Pour ton frère

Noël arrive à grand pas, et il n'y a pas de plus beau cadeau - tant  à offrir qu'à recevoir - qu'un livre. Voici la dernière partie de mes suggestions afin de vous aider à choisir ce qui saura plaire à votre frère cette fois-ci ! (Cliquez sur le titre des livres pour plus d'informations.) Passez de joyeuses fêtes !

Bruno Blanchet, La Presse
Parution: novembre 2013
Après quelques mois de silence, Bruno Blanchet a accepté de publier la fin de ses récits abracadabrants dans cet ultime tome de La frousse autour du monde, auquel il a ajouté un tas de nouveaux textes. En plus de la prose toujours aussi vivante de Bruno, cet ultime opus comprend commentaires inédits, photos jamais publiées et souvenirs de voyages qu'il prend soin de nous faire parvenir du bout du monde. 



Rawi Hage, Alto
Parution: novembre 2013
Il y a deux espèces de chauffeurs de taxi: les araignées et les mouches. Les araignées attendent patiemment les appels. Les mouches sillonnent les rues à la recherche d'une main levée dans la nuée humaine. Fly est de ceux qui dérivent et observent le manège de la ville, à la fois monstrueuse et fascinante. Élevé dans un cirque, fils d'une mère trapéziste et d'un père pilote de tapis volant, il embarque des criminels, des magiciens, des prostituées, des saltimbanques de tout acabit, des révolutionnaires déguisés en gens ordinaires et des gens ordinaires en route vers des lieux extraordinaires. Amoureux des livres, il est aussi un justicier à sa manière, au centre d'un piste où vivants et morts font un dernier tour. Avec le souffle unique, l'humour, la lucidité et la rage qu'on lui connaît, l'auteur de Parfum de poussière emmène le lecteur dans une folle randonnée par les rues de la ville livrée au carnaval. 

Marc-André Lussier, La Presse
Parution : octobre 2013
Critique de cinéma à La Presse, Marc-André Lussier retrace dans cet ouvrage ses rente années de cinéphile à travers ses listes personnelles des dix meilleurs films de l'année, telles qu'établies annuellement depuis 1983. À la fin de chacune d'entre elles, l'auteur revient sur ses choix de l'époque en proposant une nouvelle analyse et dresse le portrait d'une personnalité marquante du 7e art. Un portrait global de ce que la cinématographie mondiale a produit de meilleur depuis trois décennies se dessine au fil des 300 oeuvres sélectionnées. 



Daniel Naud, Perro 
Parution: octobre 2013
Le domaine funéraire, souvent auréolé de mystère du point de vue du grand public, intrigue, attise la
curiosité, inspire la peur ou la crainte et suscite, à la fois, les plus vives interrogations comme les spéculations les plus éclatées. Tant de rumeurs, de mythes, de ouï-dire et même de légendes s'y collent encore de nos jours, et pour cause. Car, bien qu'il n'y ait guère de secrets quand aux techniques d'embaumement et de préparation des corps, peu de gens accèdent à l'envers du décor, à la face cachée de la profession de thanatologue. 

Michel Rabagliati, La Pastèque
Parution : novembre 2013
Paul à la campagne cache une oeuvre semi-autobiographique pleine de sensibilité. L'album se compose de deux récits,  placés sous le signe de la nostalgie de l'enfance. Paul à la campagne raconte une visite dans les Laurentides tandis que Paul apprenti-typographe pose un regard tendre sur l'affection entre un père et son fils. Pour fêter le 15e anniversaire de la naissance de Paul, voici une édition tout en couleur, en format géant sous couverture cartonnée.



Eric Plamondon, Le Quartanier
Parution : septembre 2013
L'ordinateur est la plus puissante machine de l'humanité. Son histoire, c'est celle de Turing, de Babbage, de Byron, d'Einstein, de Pascal et d'Orwell. C'est aussi celle des automates, des métiers à tisser, de la machine à écrire et de l'ampoule éléctrique. Pour Gabriel Rivages, c'est d'abord l'histoire de Steve Jobs, enfant adopté, ancien hippie, employé chez Atari, père de Lisa, créateur du Macintosh et storyteller. Prométhée et puni. Des enfants naissent. 1984 ne sera pas comme 1984. 

François Barcelo, Fides
Parution : juillet 2013
Benjamin Tardif, Québécois et traducteur, fait le tour des États-Unis dans une fourgonnette de camping Westfalia. Alors qu'il circule sur une petite route du Texas, l'envie lui prend de se baigner dans le golfe du Mexique. Il est encore dans l'eau, tout nu, quand il entend son véhicule s'éloigner: on vient de le lui voler, avec tout ce qu'il possède...






Patrick Dewitt, Alto 
Parution : mai 2013
Hermann Kermit Warm doit mourir. Le Commodore qui en a décidé ainsi a envoyé aux trousses du chercheur d'or les frères Eli et Charlie Sisters, tueurs à gages aux tempéraments radicalement opposés mais d'égale (et sinistre) réputation. Hermann Kermit Warm est un homme mort. À moins que les apparences s'avèrent trompeuses, que les truands ne soient pas ceux que l'on croit, qu'une crise de vocation ou une rage de dents frappent ?



Philippe Wouters, Broquet
Parution : septembre 2013
 Le Guide d'achat des bières au Québec présente 200 bières dispnibles au Québec dégustées par Philippe Wouters, spécialiste en bières. L'ouvrage propose une description de la bière et de ses ingrédients, les méthodes de brassage, sans oublier le service et les mariages bières et mets. Le classement des bières est identifié par style, la référence la plus connue de beaucoup d'amateurs.



Paolo Giordano, Seuil 
Parution : août 2013
Le peloton Charlie, envoyé en "mission de paix" en Afghanistan, rassemble des soldats de tous les horizons: Cederna, le fort en gueule, Letri, son jeune "disciple", la blonde et courageuse Zampieri, Mitrano, le souffle-douleur, ou encore Torsu, à la santé fragile. Encadrés par un colonel vulgaire, un capitaine austère et l'adjudant René, ils vont être confrontés au danger, à l'hostilité, à la chaleur, à l'inconfort, à la rébellion du corps humain et au désoeuvrement à l'intérieur d'une base avancée, bastion fantomatique au milieu du désert. Mais aussi à eux-mêmes: à leurs craintes, leurs démons, leur passé qui les rattrapent. 

R. J. Ellory, Livre de poche
Parution: novembre 2010
2006. La Nouvelle-Orléans. Catherine, fille du gouverneur de Louisiane, est enlevée. Son garde du corps est assassiné. L'enquête est confiée au FBI. Très vite, le kidnappeur, Ernesto Perez, se livre aux autorités... Il veut s'entretenir avec Ray Hartmann, un obscur fonctionnaire qui travaille à Washington dans une unité chargée de la lutte contre le crime organisé. 






Art Spiegelman, Flammarion 
Parution: avril 1998
Le père de l'auteur, Vladek, juif polonais, rescapé d'Auschwitz, raconte sa vie de 1930 à 1944, date de sa déportation. Ce récit est rapporté sous la forme d'une bande dessinée dont les personnages ont une tête d'animal: les juifs sont des souris, les nazis des chats, les Polonais des porcs et les Américains des chiens. 



François Blais, L'instant même
Parution: septembre 2013
Tess et Jude sont passés maîtres dans l'art du voyage virtuel. Un jour, l'idée de faire des Jack Kerouac d'eux-mêmes s'impose. Tess travaille au Subway, Jude est prestataire de l'aide sociale: ils conviennent que rédiger le récit de leur expédition est l'unique moyen de la financer. Tess s'abreuve aux enseignements d'un gourou des lettres et tire les ficelles auprès d'un amoureux transi, auteur de romans abscons, afin d'obtenir une subvention, du gouvernement. Le duo quittera-t-il enfin Grand-Mère à bord de sa Monte Carlo 2003 jaune pour sillonner les routes jusqu'à Bird-in-Hand, en Pennsylvanie ?


Chuck Palahniuk, Sonatine
Parution : novembre 2012
Cassie Wright, star du porno sur le retour, a decidé de terminer sa carrière sur un coup d'éclat: se faire prendre devant les caméras par six cents hommes au cours d'une seule nuit. Dans les coulisses, les heureux élus attendent patiemment leur tour. Parmi eux, les numéros 72, 137 et 600 font part de leur impressions. Mais, entre fausses identités, désirs de vengeance et pulsions homicides, toutes les apparences vont se révèler trompeuses et la nuit ne va pas du tout se passer comme prévu. Plus trash, subversif et sauvage que jamais, Chuck Palahniuk réussit l'exploit de nous offrir un roman à suspense se déroulant entièrement pendant un gang bang. Il poursuit au passage son exploration de la face obscure des sociétés bien-pensantes, sous l'angle, cette fois, de la pornographie. 

Haruki Murakami, 10/18
Parution: novembre 2011
Kafka Tamura, quinze ans, fut sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. Nakata, vieil homme simple d'esprit, décide lui aussi de prendre la route, obéissant à un appel impérieux, attiré par une force qui le dépasse. Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus, un inquiétant colonel, des poissons tombant du ciel, et encore bien d'autres choses... Avant de voir leur destin converger inexorablement, et de découvrir leur propre vérité. 


Dennis Lehane, Rivages
Parution: avril 2013
Boston, 1926. En pleine Prohibition, l'alcool coule à flots dans les speakeasies et Joe, le plus jeune fils du commissaire adjoint Thomas Coughlin, est bien décidé à se faire une place au sein de la pègre. Il commence par braquer un bar clandestin appartenant à un caïd local et, surtout, commet l'erreur de séduire sa maîtresse. La vengeance ne se fait pas attendre et Joe se retrouve derrière les barreaux. C'est là qu'un vieux parrain, Maso Pescatore, se charge de son "éducation" et que la carrière de Joe va prendre son essor. De la Floride à Cuba, Joe fait son chemin, pavé d'embûches, de luttes et de trahisons, parmi ceux qui "vivent la nuit". Mais au détour du chemin l'attend aussi une grande histoire d'amour...




mardi 10 décembre 2013

Canada

Un roman de Richard Ford

Quand les parents de Dell Parson, quinze ans, décident de commettre un vol de banque, celui-ci comprend qu'il doit dire adieu à jamais à son rêve de vivre une vie normale et paisible. Une amie de la famille l'aide à traverser en secret la frontière canado-américaine et le remet entre les mains d'un autre Américain en exil, Arthur Remlinger, qui sous ses airs pacifiques cache une nature d'une redoutable violence. Dell tente de retrouver son équilibre sous les ciels immenses de la Saskatchewan et de découvrir un sens à la conduite des adultes qu'il aimait et qu'il croyait connaître. 
Richard Ford révèle de façon magistrale la violence et le désordre moral qui se cachent sous la surface lisse du rêve américain. À travers les yeux de Dell, nous découvrons la complexité et l'ambiguïté du monde, que la culture de l'Amérique triomphante de l'après-guerre cherchait à gommer à tout prix. Le Canada, c'est pour Dell la porte vers l'autre, le lieu qui lui permet de voir son univers, qu'il croyait le seul possible et le seul véritable, selon une perspective nouvelle. 
Canada est un roman de la traversée des frontières et de la perte de l'innocence, sans doute un chef-d'oeuvre, déjà un classique. 

Il a fallu que j'entende beaucoup parler du Canada de Richard Ford avant de me décider à le lire. C'est le 7 novembre dernier, lorsque j'ai  appris qu'il avait reçu le prix Femina étranger que je m'y suis finalement résignée. En effet, j'ai été charmée par les romans ayant reçu ce prix par le passé, alors pourquoi ne pas tenter le coup avec Canada

Le roman ne m'a pas emportée dès les premières pages, mais il a tout de même rapidement piqué ma curiosité. L'écriture de Richard Ford est à l'image de celle de certains grands auteurs américains (Steinbeck ou Philip Roth, entre autres) qui nous font découvrir de grands espaces mais aussi l'échec du rêve américain.

Canada raconte l'histoire de Dell Parson, un jeune américain de années 1960 qui n'aspire à rien d'autre qu'à mener une vie paisible, à jouer aux échecs tout en réussissant à l'école. Son existence, qui semblait immuable, est chamboulée lorsque ses parents braquent une banque. Ce crime force Dell à faire face à des situations imprévues et troublantes, mais surtout, cela l'amène à se questionner sur son identité et sur son avenir. 

Canada pose ainsi un regard intelligent sur la notion d'identité. Que ce soit lorsque le père de Dell lui demande s'il se sent enfant de l'Alabama (p.90), lorsque Dell s'interroge sur la personnalité des criminels; "ça fait drôle de penser que ses parents avaient l'étoffe de criminels. C'est un miracle à l'envers, en somme." (p.71), ou encore lorsque, une fois parvenu au Canada, Arthur Remlinger demande à Dell s'il désire changer de nom.


"La seule fois que j'avais rencontré Arthur Remlinger et avais véritablement échangé deux mots avec lui, il m'avait demandé - en plaisantant à moitié - si je ne voudrais pas changer de nom. J'avais décliné la proposition, comme n'importe qui à ma place, mais surtout moi qui voulait m'accrocher à mon identité et à ce que je savais de moi-même lorsque cette question faisait débat. Mais là, dans mon cagibi sous l'auvent, je me disais qu'Arthur Remlinger connaissait peut-être quelque chose que j'ignorais. À savoir que, si notre mission à tous, dans ce monde, était d'acquérir de l'expérience, il était nécessaire, et je l'avais pensé, de devenir quelqu'un d'autre." (p. 353)

Canada, c'est une grande épopée, c'est la conquête de l'ouest et la conquête de soi. Canada c'est un roman qui vous fera réfléchir et que vous serez heureux d'avoir lu. 

Richard Ford, Canada, Boréal, 2013. 

mardi 29 octobre 2013

Esprit d'hiver

Un roman de Laura Kasischke

Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d'angoisse inexplicable. Rien n'est plus comme avant. Le blizzard s'est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement si affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant. 


Laura Kasischke est une auteure et poétesse américaine qui connaît davantage de succès en France qu'aux États-Unis. Son dernier roman, Esprit d'hiver, qui vient tout juste de paraître, fait déjà beaucoup parler de lui. 

Kasischke y raconte l'histoire de Holly qui, le jour de Noël, reste coincée à la maison avec son adolescente de 15 ans. Alors que la tempête fait rage, les invités annulent leur présence au dîner de Noël et la tension monte entre la mère et la fille. Holly se réveille avec l'impression que quelque chose cloche, et cette angoisse la suit tout au long de la journée, alors que sa relation avec sa fille ne fait qu'empirer. 

Ce huis clos, favorisé par l'atmosphère étouffante du blizzard, permet un récit haletant et qui entraîne le lecteur dans un sentiment de malaise, qui ne cesse de croître au fil des pages. L'état de confusion de la mère l'amène à revoir des épisodes de son passé à la recherche de l'origine de son inconfort. Ces retours dans le temps, l'auteure nous les présente sous forme de redites qui loin d'être dérangeantes, nous plonge plutôt peu à peu dans le même état de confusion que celui de la mère.


"Il y avait quelque chose dans tout ça. Quelque chose au sujet de tout ça qu'elle craignait de ne jamais comprendre si elle ne trouvait pas le temps de s'asseoir à son bureau et de le découvrir en mot avec un stylo ! Et pourtant, ce qu'elle était en train de faire - étreindre son enfant - l'empêchait de s'éclipser, de trouver un stylo et du papier ou d'allumer l'ordinateur." (p.88)

Le questionnement de Holly sur le comportement de sa fille et sur son propre rôle de mère prend de plus en plus de place au coeur de l'histoire. L'auteure parvient à créer un véritable thriller psychologique, à la façon d'un Shutter Island, où la confusion et l'incompréhension du personnage principal rongent l'esprit du lecteur. 

Le roman m'a également fait penser à Sukkwan Island de David Vann, pour le contexte de huis clos forcé entre un parent et son enfant où l'on assiste à la perte de contrôle du parent qui devrait pourtant faire office de repère. 

Bref, c'est un roman coup-de-poing, dans lequel on embarque rapidement, et qui nous tient en haleine jusqu'à la dernière page. La fin surprenante me hante encore. À lire, et vite !

Laura Kasischke, Esprit d'hiver, Christian Bourgois éditeur, 276 pages.  

samedi 19 octobre 2013

Yellow birds

Un roman de Kevin Powers

Bartle, 21 ans, est soldat en Irak, à Al Tafar. Depuis l'entraînement, lui et Murph, 18 ans, sont inséparables. Bartle a fait la promesse de le ramener vivant au pays. Une promesse qu'il ne pourra pas tenir... Mrurphy mourra sous ses yeux et hantera ses rêves de soldat et, plus tard, de vétéran. 
Yellow birds nous plonge au coeur des batailles où se déroule la vie du régiment conduit par le sergent Sterling. On découvre alors les dangers auxquels les soldats sont exposés quotidiennement. Et le retour impossible à la vie civile. 
Kevin Powers livre un roman fascinant sur l'absurdité de la guerre, avec une force aussi réaliste que poétique. 

J'avais déjà entendu parler de Yellow Birds plusieurs mois avant sa sortie au Québec. On le décrivait comme étant un grand roman américain, dont l'écriture rappelait à quelques égards celle de Hemingway. Ça avait piqué ma curiosité, mais lorsque j'ai compris que c'était un roman sur la guerre en Irak, j'ai eu un mouvement de recul. Veut-on vraiment lire un roman américain sur la guerre ? Une histoire qui glorifie la grande nation américaine, et qui vante la bravoure et l'héroïsme de ces soldats, très peu pour moi. J'ai finalement laissé mes préjugés de côté et j'ai lu Yellow birds. 

L'écriture est sans aucun doute l'un des points forts du récit. L'auteur combine la richesse de sa plume à sa connaissance accrue du sujet, ayant lui-même combattu à Al Tafar en 2004 et 2005. Il soutient que le roman n'est pas autobiographique, mais que son expérience a plutôt permis d'enrichir l'histoire de sensations réelles. Quant à la traduction française, elle comporte selon moi certaines faiblesses puisqu'un "fuck man" perd beaucoup de son intensité en étant traduit par "putain mecton".  


"J'étais devenu une espèce d'infirme. Ils étaient mes amis, n'est-ce pas ? Pourquoi ne pouvais-je tout simplement pas nager à leur rencontre ? Qu'est-ce que je leur dirais ? "Hé, comment ça va ?" s'exclameraient-ils en me voyant. Et je répondrais, "J'ai l'impression que quelque chose me bouffe de l'intérieur et je ne peux rien dire à personne parce que tout le monde est si reconnaissant envers moi; je me sentirais trop ingrat si je me plaignais de quoi que ce soit." Ou un truc du genre, "Je ne mérite la gratitude de personne, et en vérité les gens devraient me détester à cause de ce que j'ai fait, mais tout le monde m'adore et ça me rend fou."(p.160)


Avec cette lecture, on ne se questionne pas tant sur le conflit que sur les sentiments des soldats qui y prennent part. Loin de chercher à nous faire accepter la guerre, l'auteur en fait plutôt ressortir l'absurdité et la froideur. Ce n'est pas une lecture facile; Powers ne ménage pas ses lecteurs, sans pour autant être vulgaire. Yellow Birds décrit aussi le difficile retour à la réalité des vétérans, qui semble encore plus bouleversant que la guerre elle-même. 

Yellow birds est un très beau texte, riche en émotions. À lire pour comprendre la réalité - presque intemporelle - des soldats.    

mercredi 2 octobre 2013

Maine

Un roman de J. Courtney Sullivan 

Pourquoi la vie de famille est-elle si compliquée ? Et comment faire quand la moindre conversation peut déclencher un drame ? Les femmes de la famille Kelleher se posent les mêmes questions mais n'y apportent jamais les mêmes réponses. Réunies pour une dernière fois dans leur maison de vacances du Maine, Alice (la grand-mère), Kathleen (la mère), Maggie (la petite-fille) et Ann Marie (la belle-fille) tentent de vivre ensemble malgré les secrets et les discordes passées. Cet été bouleversera leur existence. 

Il me semblait avoir entendu quelqu'un en librairie comparer Maine avec La vérité sur l'affaire Harry Québert, mais je dois forcément  avoir mal entendu. Non pas que Maine soit un mauvais livre, mais on est loin du "page turner" de Joël Dicker. 

On a plutôt affaire ici à une histoire de famille où les relations sont houleuses, et le resterons quasiment tout au long du récit. Chaque chapitre a comme personnage principal l'une des quatre femmes de cette famille irlandaise, ce qui permet de comparer leur version des faits et d'expliquer certaines tensions. Cela permet également de découvrir les qualités de celles qui sont décrites si négativement par leurs proches. 

La religion catholique et ses valeurs prennent une grande place dans ce roman et se traduisent de différentes façons selon les personnages; en culpabilité chez la grand-mère, en jugement chez la belle-fille, en rédemption chez la fille. Maine nous parle également du choc des générations, de la perte des traditions, et de la pression familiale. 

"Les années passèrent. Elle ne s'habituait pas à la façon qu'avait le temps d'accélérer sa course. Il y eut des petits-enfants. Daniel prit sa retraite. Ses enfants venaient désormais dans le Maine quand cela leur chantait, sans jamais prendre la peine de prévenir. Ils se contentaient d'apporter des hot-dogs, des bières, des gâteaux ou une tarte aux myrtilles de chez Ruby's Market. Chaque été Daniel et elle restaient les deux points de repère dans ce tourbillon."(p.26)

J'ai detesté le personnage de Kathleen alors que les trois autres femmes m'ont presque attendrie. En outre, j'aurais aimé que l'auteure accorde plus d'importance aux paysages côtiers du Maine en décrivant plus amplement les lieux (comme l'a fait par exemple Claudie Gallay ici). Et si quelqu'un comprend la fin, prière de me faire signe, parce que ça m'a surtout donné l'impression que l'auteure ne savait pas comment boucler l'histoire. Peut-être aussi que ça laisse présager une suite... 

Somme toute une histoire divertissante, mais légère. Dans la lignée des romans féminins américains moyens (Elin Hildebrand, Barbara Delinsky, et cie.) À découvrir pour se changer les idées et décrocher, et surtout pour se rappeler que notre famille est pas si terrible finalement ! 

J. Courtney Sullivan, Maine, Éditions Rue Fromentin, 2013, 450 pages. 

dimanche 29 septembre 2013

Sukkwan Island

Un roman de David Vann 

Une île Sauvage du sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou pas hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. 
Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable. Avec ce roman qui nous entraîne au coeur des ténèbres de l'âme humaine, David Vann s'installe d'emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan. 

Le premier roman de David Vann, Sukkwan Island est bouleversant. Je ne pense pas avoir lu souvent de récits comme celui-là. Dès les premières pages, l'auteur réussi à nous mettre dans un état de tension psychologique, on lit en retenant notre souffle, dans l'attente d'une tragédie qui semble inévitable.

L'exercice narratif est excellent. Il me semble que beaucoup d'auteurs devraient prendre en exemple le travail de Vann, qui parvient à présenter au lecteur un personnage principal adolescent, sans faire de fausse note dans la narration.

Et que dire de l'histoire ! Tout les éléments pour créer un bon suspens sont présents: un père égoïste et narcissique, une cabane au fond du bois, un île déserte en Alaska, un fils qui regrette d'être là aussitôt arrivé et, bien sûr, des ours et des tempêtes de neige.
"Jim ressentait une rage incontrôlable. Il entra dans la cabane à la recherche de quelque chose, il s'approcha de la radio, la souleva et la précipita au sol, puis il la frappa du pied, encore et encore, avant de saisir la lampe tempête qu'il lança contre le mur où elle explosa, alors il empoigna la VHF et la jeta avant de passer à un sachet de saumon fumé ouvert sur la table, puis il colla un coup de pied dans la table et s'arrêta au milieu de la pièce car quelque minutes à peine venaient de s'écouler, peut-être moins, et cette rage destructrice n'avait aidé en rien. Elle ne l'intéressait même pas. Tout ça lui avait donné l'illusion de la vie, mais ce n'était plus rien à présent. "(p.118)
Sukkwan Island est un roman déstabilisant, qu'on lit d'un seul trait et à bout de souffle. Seul bémol, la fin qui s'étire peut-être un peu, mais pas au point de nuire à l'expérience de lecture. À lire !

David Vann, Sukkwan Island, Gallmeister, 2010, 192 pages. 


lundi 19 août 2013

Certaines n'avaient jamais vu la mer

Un roman de Julie Otsuka

Les visages, les voix, les images, les vies que l'auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu'elles n'ont pas choisi. C'est après une éprouvante traversée de l'océan Pacifique qu'elles rencontrent pour la première fois celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir. À la façon d'un choeur antique, leurs voix se lèvent et racontent leur misérable vie d'exilées. 

Certaines n'avaient jamais vu la mer, paru en 2012 a été reçu chaleureusement par la critique lors de sa sortie. Cet accueil est justifié. En quelques 140 pages, l'auteure nous transporte littéralement dans cette communauté de Japonaises qui traversent l'océan pour rejoindre un mari inconnu, aux États-Unis, afin de vivre leur propre american dream. 

"Certaines descendaient des montagnes et n'avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines  étaient filles de pêcheur et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l'océan nous avait pris un frère, un père, un fiancé, parfois une personne que nous aimions s'était jetée à l'eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent, de partir à nous tour." (p.11)

Écrit au "nous", le choeur formé de toutes ses voix de femmes nous transmet la douleur des rêves brisées, la peur de l'inconnu et les regrets, mais aussi les beautés de la maternité, puis l'incompréhension face aux enfants qui s'enracinent si facilement dans une société qui est encore méconnue pour leur parent. Puis à nouveau l'exil, lorsque les Japonais seront perçu comme des traitres durant la deuxième guerre mondiale, même s'ils sont au États-Unis depuis plus de 25 ans. 

Roman beau et parfois déchirant. À lire pour mieux comprendre ce qu'est l'exil.

Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka, Phébus, 2012, 139 pages. 


lundi 29 juillet 2013

Le maître des illusions


Un roman de Donna Tartt

Il s’agit des confessions, des années plus tard, d’un jeune étudiant d’une petite université du Vermont ayant enfin accédé à cette vie intellectuelle privilégiée tant convoitée. Introduit dans le cercle très fermé de cinq étudiants sûrs d’eux-mêmes et du monde, choisi par un professeur charismatique de lettres classiques, Richard Papen s’initie avec eux aux mystères de la culture grecque ancienne et passe en leur compagnie de longs week-ends à lire, faire du bateau et jouir des journées ensoleillées de l’été indien. Magnétisé par ses nouveaux compagnons, Richard n’a pas connaissance du crime qu’ils ont commis au cours d’une bacchanale. Mais une fois mis dans la confidence, il s’incline devant l’inéluctable nécessité d’assassiner leur camarade de classe et ami qui pourrait trahir leur secret et compromettre leur avenir. 

J’ai lu Le maître des illusions à la demande d’une amie qui voulait connaître mon avis sur ce roman. Paru en version originale anglaise en 1992, ce premier livre de l’auteur Donna Tartt parait en français en 1993. Il fait rapidement sensation et rafle la première édition du prix des libraires du Québec, entre autres. 

Puisque j’étais persuadé d’avoir vu le (mauvais) film tiré du roman, je n’avais jamais eu envie de le lire. En vérité, bien que le récit me rappelle vaguement un film, et qu’il existe bel et bien un long métrage ainsi nommé, le roman de Donna Tartt n’a jamais été porté à l’écran. 

Bref, entre deux lectures la curiosité a eu raison de moi, et je me suis lancé dans ce roman de plus de 700 pages. J’ai rapidement été captivé par l’histoire, qui est fort efficace. Ce roman présente de nombreuses qualités qui m’ont tenu en haleine dès les premières pages. Cependant, le rythme - et l’intérêt - s’essouffle et les 200 dernières m’ont semblé pénibles comparées au reste du roman. L’intrigue également, si forte au départ, devient secondaire et j’en suis venu à me demander où l’auteur voulait m’amener. 

«Affront d’ordre religieux, crises de colère, insultes, chantage, extorsion — désagréments, irritations, tout cela semblerait trop subalterne pour pousser au meurtre cinq personnes raisonnables. Mais, si j'ose dire, ce n'est qu'après avoir aidé à tuer un homme que j'ai compris à quel point un acte tel qu'un meurtre peut être complexe, insaisissable, ne relevant pas nécessairement d'un seul et unique mobile.» (p.296)

Dans l’ensemble, j’ai trouvé la plupart des personnages intéressants, bien que Richard, le narrateur, m’ait semblé être la personne la plus insipide de tout le roman, simple spectateur, presque incapable de formuler autre chose que : « que veux-tu dire?». C’est à se demander comment  il a réussi à intéresser des gens aussi mystérieux et charismatiques que ses amis. En outre, ce groupe de six étudiants dans la jeune vingtaine s’intéressant aux langues anciennes m’a paru un peu irréel. Peut-on être tout à la fois érudits et savants, alcooliques et riches, charmeurs et égoïstes quand on a seulement 20 ans ? 

Mais j’ai particulièrement apprécié l’environnement dans lequel nous plonge l’auteur; un campus de Nouvelle-Angleterre, une fraternité de jeunes gens cools et intelligents qui discutent en grec ancien, et les descriptions si efficaces qu’on a l’impression d’y être: « La file des gens s’étirait jusqu’aux voitures, robes gonflées, chapeaux maintenus sur la tête. Devant moi, un peu plus loin, Camilla s’efforçait, sur la pointe des pieds, de rabaisser son parapluie qui l’entraînait à petits pas glissants — une Mary Poppins en robe de deuil. »(p.529)

En somme, j’ai rapidement adoré le roman, jusqu’à ce que je comprenne que l’intrigue allait me décevoir. Je suis resté sur ma faim, mais j’ai quand même beaucoup aimé l’atmosphère, les personnages, et le récit en général. 

Donna Tartt, Le maître des illusions, Plon, 1993, 705 pages. 
Aussi chez Pocket en format poche, 2002, 2012. 

vendredi 19 juillet 2013

Wilderness

Un roman de Lance Weller


Abel Truman vit sur la côte déchiquetée du Pacifique Nord-Ouest, dans une vétuste cabane de bois flotté avec son chien pour unique compagnon. Trente ans plus tôt, il a survécu à la bataille de la Wilderness, l'un des affrontements les plus sanglants de la guerre civile américaine. Depuis, Abel est hanté par son passé douloureux, jusqu'au jour où il décide de partir pour un ultime voyage. Mais le vieux soldat ne tarde pas à être rattrapé par la violence lorsqu'un homme au visage déchiré et un Indien aux yeux sans éclat lui dérobent son chien.(...)

Je dois me rendre à l'évidence, je n'ai pas envie de lire ce livre-là en plein mois de juillet. Ce n'est pas que c'est une mauvaise lecture, ce n'est seulement pas du tout approprié à la saison. C'est un roman d'hiver, de feux de bois, de chocolat chaud et de couverture de laine. Je me reprendrai en novembre ! 


Wilderness, Lance Weller, Gallmeister, 2013. 

samedi 29 juin 2013

Suggestions en vrac

Afin d'occuper votre été, je vous présente quelques suggestions de romans que j'ai lu avant de créer ce blogue et que j'ai particulièrement aimé. Ce sont des romans parfaits pour les jours de pluies, et qui pourront également vous accompagner lors des journées ensoleillées, lorsque ce sera le cas ! 

En grande primeur, voici mon top 5 de la dernière année !


1. Aminata - Lawrence Hill
Ce roman remarquable transporte le lecteur d'un village africain à une plantation du sud des États-Unis, d'un refuge sordide en Nouvelle-Écosse à la côte du Sierra Leone, dans l'odyssée du retour en Afrique de 1 200 anciens esclaves. AMINATA, l'esclave née libre dépeint l'un des personnages féminins les plus forts de la littérature récente, une femme qui se fraie un chemin dans un monde hostile à la couleur de sa peau et à son sexe. 

2. La vérité sur l'affaire Harry Québert - Joël Dicker
Un jeune écrivain à succès vient en aide à Harry Québert, inculpé pour le meurtre d'une jeune fille de 15 ans avec qui il avait une liaison. Pour faire la lumière sur cet assassinat vieux de trente ans, il décide d'écrire un livre intitulé La vérité à propos de l'affaire Harry Québert.

3. La fiancée américaine - Éric Dupont
Eric Dupont nous offre un magnifique roman où les histoires d'un siècle de Madeleine s'entrelacent comme pour former une pelote de laine. L'expression «histoire d'amour » ne rend pas justice aux méandres de ce récit émaillé de rebondissements.

4. La vie devant soi - Romain Gary (Émile Ajar)
Signé Ajar, ce roman reçut le prix Goncourt en 1975. Histoire d'amour d'un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que « ça ne pardonne pas » et parce qu'il n'est « pas nécessaire d'avoir des raisons pour avoir peur ».


5. Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier
Vers quelle forêt secrète se dirige la photographe partie à la recherche d'un certain Boychuck, témoin et brûlé des Grands Feux qui ont ravagé le nord de l'Ontario au début du XXe siècle? On ne le saura pas. Boychuck, Tom et Charlie, dorénavant vieux, ont choisi de se retirer du monde. Ils vivent relativement heureux et ont même préparé leur mort. (...) Nous voici en plein cour d'un drame historique, mais aussi pris par l'histoire d'hommes qui ont choisi la forêt. Trois êtres épris de liberté et qui ont fait un pacte avec la mort. 

En complément, des romans qui ne sont peut-être pas dans le top 5, mais qui sont tout de même de bonnes suggestions.


La trilogie berlinoise - Philippe Kerr
Publiés pour la première fois dans les années 1989-1991, L'été de cristal, La pâle figure et Un requiem allemand évoquent l'ambiance du Ille Reich en 1936 et 1938, et ses décombres en 1947 Ils ont pour héros Bernie Gunther, ex-commissaire de la police berlinoise devenu détective privé.

Peste et choléra - Patrick Deville
Construite autour de la figure d'Alexandre Yersin, cette aventure scientifique retrace le parcours d'un chercheur, disciple de Pasteur, qui fut associé à la découverte du bacille de la peste à Hong-Kong en 1894.

Document 1 - François Blais
Tess et Jude sont passés maîtres dans l'art du voyage virtuel. Un jour, l'idée de faire des Jack Kerouac d'eux-mêmes s'impose. Tess travaille au Subway, Jude est prestataire de l'aide sociale ; ils conviennent que rédiger le récit de leur expédition est l'unique moyen de la financer. Tess s'abreuve aux enseignements d'un gourou des lettres et tire les ficelles auprès d'un amoureux transi, auteur de romans abscons, afin d'obtenir une subvention du gouvernement.


Odette tout le monde et autres histoires - Eric-Emmanuel Schmitt
La vie a tout offert à l'écrivain Balthazar Balsan et rien à Odette Toulemonde.
Pourtant, c'est elle qui est heureuse. Lui pas. Leur rencontre fortuite va bouleverser leur existence. Huit récits, huit femmes, huit histoires d'amour. De la petite vendeuse à la milliardaire implacable, de la trentenaire désabusée à une mystérieuse princesse aux pieds nus en passant par des maris ambigus, des amants lâches et des mères en mal de filles, c'est une galerie de personnages inoubliables qu'Eric- Emmanuel Schmitt poursuit avec tendresse dans leur quête du bonheur.



Les yeux jaunes du crocrodile - Katherine Pancol
Ce roman se passe à Paris. Et pourtant on y croise des crocodiles. Ce roman parle des hommes. Et des femmes. Celles que nous sommes, celles que nous voudrions être,
celles que nous ne serons jamais, celles que nous deviendrons peut-être. Ce roman est l'histoire d'un mensonge. Mais aussi une histoire d'amours, d'amitiés, de trahisons, d'argent, de rêves. Ce roman est plein de rires et de larmes. Ce roman, c'est la vie.


L'historien de rien - Daniel Poliquin
Au tournant du xxe siècle, une jeune institutrice quitte son village pour voir enfin l'Europe à laquelle elle rêve depuis si longtemps, elle qui n'est jamais allée plus loin que le bout de la terre familiale. Au début des années 60, trois garçons au seuil de l'adolescence visitent clandestinement l'« ex » d'Ottawa et en gardent un souvenir plus ébloui que s'ils avaient accompagné Sinbad au cours de ses voyages fabuleux. De nos jours, un ci-devant avocat travaille comme vendeur dans une grande quincaillerie, sous le nom d'emprunt de Rocky. Malgré l'échec de sa carrière et de son mariage, il se retrouve avec l'intime conviction que sa vie est aussi riche de promesses qu'au premier jour.


Quand souffle le vent du nord - Daniel Glattauer
Emmi Rothner se trompe d'expéditeur en voulant envoyer un mail de résiliation. C'est un certain Leo Leike qui le reçoit et lui signale son erreur. A partir de là, naît entre eux une correspondance soutenue qui les rend dépendants l'un de l'autre.

vendredi 7 juin 2013

Le polygame solitaire

Un livre de Brady Udall 

Je n’ai pas aimé ce livre. Il en faut bien de ces romans qu’on lit péniblement et qui nous font d’autant plus apprécier les bonnes lectures. 


L’histoire d’un mormon polygame, marié à quatre femmes et qui « assiste aux déboires de son existence » m’avait d’abord attiré. J’avais envie de connaître ce mode de vie si curieux et difficile à découvrir autrement que par la fiction. En outre, la mention « sérieux candidat au titre de Grand Roman Américain » sur la quatrième de couverture m’avait franchement convaincu. Finalement, BOF. 740 pages (dans le format poche) que j’ai tournées sans grand enthousiasme. À vrai dire, il m’a fallu près de 300 pages avant d'avoir un minimum d'intérêt pour cette histoire où les personnages sont loin d’être attachants et où la formule narrative est dure à suivre et présente de nombreuses répétions. La majorité des personnages sont faibles et dépourvus de charisme. Deux personnages sortent du lot, le premier meurt à la fin et le second est rayé de la carte. 



On sait difficilement à quelle époque se déroule l’histoire, mais à vrai dire, on s’en fiche. L’écriture — ou la traduction — n’a rien de singulier, et j’ai peiné à trouver une seule phrase qui valait la peine d’être retenue. 



« Il n’aurait pas pu lui fournir une réponse plus juste, plus parfaite, parce que, après tout, c’était une vérité fondamentale sur laquelle ils avaient choisi de régler leur vie : à savoir que l’amour est une matière première illimitée. » (p.672)


Le mari s’embourbe dans les difficultés, et l’on ne peut s’empêcher de se demander comment il est parvenu à survivre jusque-là et à se reproduire plus de 28 fois, empoté comme il est. Les épouses manquent de substances, les enfants sont tout à la fois turbulents et inutiles.  

Bref, je viens de vous éviter une semaine de lecture qui s’étend et n’en finit plus d’être décevante



Brady Udall, Le polygame solitaire. Albin Michel (10/18), 2010.