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vendredi 5 septembre 2014

Les dix livres marquants de ma jeune existence

La mode sur Facebook ces temps-ci (après la fièvre du Ice bucket challenge) est de nommer les dix livres qui nous ont marqués dans notre vie, et de nominer des amis afin qu'ils fassent de même. 

Je ne suis pas très portée sur ce genre de jeux habituellement, mais bon, quand ça parle de livres ça m'interpelle ! J'ai finalement trouvé l'exercice de réflexion assez plaisant. Voici le résultat. 

Milan Kundera
Folio 

Ce livre que j'ai lu il y a quelques années pour un cercle de lecture m'a beaucoup marqué. Mention spécial à la réflexion que porte Kundera sur le lien entre la bonté de l'homme et son rapport avec les animaux (p.421). 




Romain Gary 
Folio 

Premier roman que j'ai lu de Gary, prêté par une amie. Ce fut le coup de foudre. À lire et à faire lire. Pour l'authenticité du petit personnage. Un must. 





Anne la maison aux pignons verts
Lucy Maud Montgomery
Québec Amérique

Parce que c'est Anne qui a été ma première passion littéraire. C'est sans doute pour retrouver l'émotion que j'ai eu en lisant ce livre pour la première fois à l'âge de dix ans que je lis encore aujourd'hui. 






Sorj Chalandon
Grasset (également chez Livre de poche)

Un récit bouleversant sur la guerre, sur ces peuples qui s'entre-déchirent et sur cette violence qui fini par habiter tous ceux qui en ont été témoins. 
   



John Steinbeck
Folio 

Je me souviens avoir rechigné en voyant l'ampleur (lire "le nombre de pages") de cette lecture obligatoire, pour un cours d'histoire des États-Unis à l'université. J'ai finalement passé des heures rivée à ce livre, les yeux dans l'eau. Une histoire portée par une plume fantastique. 





Michel Tremblay
Acte Sud

Vers l'âge de 13 ans j'ai découvert Michel Tremblay avec La grosse femme d'à côté est enceinte. Quand j'ai lu Un ange cornu j'ai été totalement charmée par cette déclaration d'amour que fait Tremblay aux livres qui ont marqués son enfance. Comme quoi la relation que l'on a avec les livres peut être la même dans le Montréal populaire des années 50 ou le Acton Vale de la classe moyenne des années 90  !


Éric Dupont
Marchand de feuilles

Il y a deux ans, Dupont m'a offert (haha !) cette saga familiale qui m'a longtemps habitée et marquée au point où j'ai par la suite souvent évalué mon appréciation des romans en comparaison à celui-ci. Un roman magnifique.





Le singe nu 
Desmond Morris
Le livre de poche


Ce petit ouvrage de vulgarisation scientifique écrit dans les années 1960 à vraiment influencé ma perception du rapport aux corps. 






Le corps féminin. Le travail des apparences XVIIIe-XIXe siècle
Philippe Perrot
Points Histoire

Le premier ouvrage sur l'histoire du vêtement et du corps féminin que j'ai lu, au tout début de ma maîtrise. J'ai compris avec cette lecture l'étendu de ce champs d'étude et l'importance que prenait le jeux des apparences dans l'histoire socio-culturelle. 




Julie Otsuka
10/18


Ce récit écrit au "nous", à la manière d'un choeur, relate le parcours de ces épouses japonaises qui ont migré aux États-Unis pour prendre mari et accéder à une vie meilleure au début du 20e siècle. Ce très court roman m'a permis de mesurer l'ampleur de l'épreuve que représente l'immigration pour les nouveaux arrivants. À lire, vraiment.




Et vous, quels sont les livre qui vous ont marqué ? Partagez-les avec moi ! 

mardi 10 décembre 2013

Canada

Un roman de Richard Ford

Quand les parents de Dell Parson, quinze ans, décident de commettre un vol de banque, celui-ci comprend qu'il doit dire adieu à jamais à son rêve de vivre une vie normale et paisible. Une amie de la famille l'aide à traverser en secret la frontière canado-américaine et le remet entre les mains d'un autre Américain en exil, Arthur Remlinger, qui sous ses airs pacifiques cache une nature d'une redoutable violence. Dell tente de retrouver son équilibre sous les ciels immenses de la Saskatchewan et de découvrir un sens à la conduite des adultes qu'il aimait et qu'il croyait connaître. 
Richard Ford révèle de façon magistrale la violence et le désordre moral qui se cachent sous la surface lisse du rêve américain. À travers les yeux de Dell, nous découvrons la complexité et l'ambiguïté du monde, que la culture de l'Amérique triomphante de l'après-guerre cherchait à gommer à tout prix. Le Canada, c'est pour Dell la porte vers l'autre, le lieu qui lui permet de voir son univers, qu'il croyait le seul possible et le seul véritable, selon une perspective nouvelle. 
Canada est un roman de la traversée des frontières et de la perte de l'innocence, sans doute un chef-d'oeuvre, déjà un classique. 

Il a fallu que j'entende beaucoup parler du Canada de Richard Ford avant de me décider à le lire. C'est le 7 novembre dernier, lorsque j'ai  appris qu'il avait reçu le prix Femina étranger que je m'y suis finalement résignée. En effet, j'ai été charmée par les romans ayant reçu ce prix par le passé, alors pourquoi ne pas tenter le coup avec Canada

Le roman ne m'a pas emportée dès les premières pages, mais il a tout de même rapidement piqué ma curiosité. L'écriture de Richard Ford est à l'image de celle de certains grands auteurs américains (Steinbeck ou Philip Roth, entre autres) qui nous font découvrir de grands espaces mais aussi l'échec du rêve américain.

Canada raconte l'histoire de Dell Parson, un jeune américain de années 1960 qui n'aspire à rien d'autre qu'à mener une vie paisible, à jouer aux échecs tout en réussissant à l'école. Son existence, qui semblait immuable, est chamboulée lorsque ses parents braquent une banque. Ce crime force Dell à faire face à des situations imprévues et troublantes, mais surtout, cela l'amène à se questionner sur son identité et sur son avenir. 

Canada pose ainsi un regard intelligent sur la notion d'identité. Que ce soit lorsque le père de Dell lui demande s'il se sent enfant de l'Alabama (p.90), lorsque Dell s'interroge sur la personnalité des criminels; "ça fait drôle de penser que ses parents avaient l'étoffe de criminels. C'est un miracle à l'envers, en somme." (p.71), ou encore lorsque, une fois parvenu au Canada, Arthur Remlinger demande à Dell s'il désire changer de nom.


"La seule fois que j'avais rencontré Arthur Remlinger et avais véritablement échangé deux mots avec lui, il m'avait demandé - en plaisantant à moitié - si je ne voudrais pas changer de nom. J'avais décliné la proposition, comme n'importe qui à ma place, mais surtout moi qui voulait m'accrocher à mon identité et à ce que je savais de moi-même lorsque cette question faisait débat. Mais là, dans mon cagibi sous l'auvent, je me disais qu'Arthur Remlinger connaissait peut-être quelque chose que j'ignorais. À savoir que, si notre mission à tous, dans ce monde, était d'acquérir de l'expérience, il était nécessaire, et je l'avais pensé, de devenir quelqu'un d'autre." (p. 353)

Canada, c'est une grande épopée, c'est la conquête de l'ouest et la conquête de soi. Canada c'est un roman qui vous fera réfléchir et que vous serez heureux d'avoir lu. 

Richard Ford, Canada, Boréal, 2013. 

lundi 19 août 2013

La fée des balcons

Un roman de Maude Favreau 

C'est l'histoire vue à travers les binocles d'hypermétrope d'une enfant qui vit avec sa mère dans les années 80. Une histoire captée par ses mains, son nez, sa bouche, son coeur qui bat à des kilomètres à l'heure. Valentine s'enflamme pour un quotidien transformé au fil de son imagination foisonnante, une imagination qui explique bien des situations étranges. Valentine vit sa vie d'enfant entourée d'adultes, Valentine n'est pas à l'abri des difficultés, mais Valentine ne ferme les yeux sur rien... 

La fée des balconspublié en mars 2013, est le premier roman de Maude Favreau. On y découvre le petit monde d'une fillette audacieuse d'une dizaine d'années, à l'imagination fertile et à la langue poétique, dont la mère dépressive est le centre de l'univers. 

Maude Favreau joue avec les mots à la manière d'un Fred Pellerin, en créant des images fortes. Ces images qui, à mon avis, semblent parfois prendre toute à la place, comme si l'auteure, en voulant former des phrases riches et imagées, créait, bien malgré elle, une distance entre le lecteur et le récit. 
"Grand-papa, il sent le sous-bois, la terre humide et les champignons, et ses bâtons de marche sont des racines quand sa tête veut toucher le ciel, comme s'il avait des branches dans les oreilles connectées sur l'univers. Quand il parle, son dentier claque pour traduire en morse tout ce qu'il dit. C'est un penseur des bois, un magicien de l'aube qui fait chanter les huards et couleur le ruisseau, un sage au ralenti qui mange du cheddar aussi vieux que lui." (p.107)
Le récit est constitué d'une série de petites scènes anecdotiques, favorisant ainsi une lecture rapide et dynamique. À lire si on aime  les plumes joliment poétiques mais également pour être transporté dans l'univers de l'enfance, avec ses drames et ses joies. 


La fée des balcons, Druide, 2013, 233 pages.