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mardi 19 novembre 2013

L'Appel du Coucou

Un roman de Robert Galbraith

Une nuit d'hiver, dans un quartier chic de Londres, le célèbre mannequin Lula Landry est trouvée morte, défenestrée. Suicide. Affaire classée. Jusqu'au jour où l'avocat John Bristow, frère de la victime, frappe à la porte du détective privé Cormoran Strike. 
Strilke est au bout du rouleau: ex-lieutenant dans l'armée, il a perdu une jambe en Afghanistan, sa carri;re de détective est au point mort et sa vie privée un naufrage. Aidé par une jeune recrue intérimaire virtuose de l'Internet, Strike est chargé d'enquêter sur la mort de Lula. 
De boites de nuit branchées en palace pour rock stars assaillies par les paparazzi, en passant par un centre de désintoxication et l'hôtel particulier oz se meurt la mère adoptive de Lula, Strike va passer de l'autre côté du miroir glamour de la mode, dont les reflets chatoyants dissimulent un gouffre de secrets, de trahisons, de manoeuvres inspirées par la vangeance. 
Avec son intrigue haletante et sa galerie de personnages plus vrais que nature, l'Appel du coucou premier volet des aventures du detective Strike, s'inscrit dans la tradition du grand roman policier classique illustrée par Ruth Rendell ou P.D. James. Un coup de maître. 

Ce n'est plus vraiment un mystère pour personne; Robert Galbraith est le pseudonyme de l'auteure à succès J. K. Rowling, célèbre pour la série Harry Potter. Déjà, lors de la sortie britannique de L'Appel du Coucou, des critiques avaient jugé le roman trop habile pour être l'oeuvre d'un débutant. Quelques mois plus tard, la vérité faisait surface, et le roman, qui n'avait été vendu qu'à 1700 exemplaires se hissait dans le haut des ventes. 

L'Appel du Coucou est donc un roman policier classique, où l'on suit le travail d'un détective privé qui enquête sur un présumé suicide. Ce détective, Cormoran Strike est une grosse brute bourrue et attachante à la jambe de bois, qui éprouve des difficultés dans sa vie personnelle et professionnelle. Engagé par le frère de la victime et assisté de Robin, une secrétaire efficace, mais un brin capricieuse, il découvre l'univers des gens très riches et des top models, afin de découvrir si la belle Lula Landry s'est bel et bien suicidée. 

"Mais ce soir, il ne pouvait s'empêcher de voir dans sa mère une soeur spirituelle de la jeune femme si belle et si fragile dans le corps s'était brisé sur une chaussée gelée par une nuit de janvier, et aussi de la marginale sans grâce et sans domicile qui gisait maintenant dans un tiroir réfrigéré de la morgue de Wapping. Leda, Lula et Rochelle n'avait jamais été des femmes comme Lucy ou tante Joan: elles ne s'étaient pas prémunies contre la violence et les hasards de la vie; elles ne s'étaient pas ancrées à l'existence par des devoirs domestiques et des traites immobilières, du bénévolat de quartier, des maris sûrs et des enfants proprets. Aussi leur mort n'était-elle pas considérée comme "tragique" au sens où l'aurait été celle d'une mère de famille sérieuse et respectable."

Bref, un roman policier habile présentant une intrigue bien ficelée, un suspense efficace et un dénouement plutôt surprenant sans sortir de l'ordinaire.  En effet, L'Appel du Coucou aurait bien pu passer inaperçu à travers tous les romans du genre, si l'identité réelle de l'auteure n'avait pas été révélée. À lire si on aime les romans policiers classiques et non pas pour retrouver ne serait-ce qu'une parcelle de Harry Potter. 

Robert Galbraith, L'appel du coucou, Grasset, 2013, 572 pages. 

dimanche 22 septembre 2013

Une étude en rouge

Une aventure de Sherlock Holmes, par Arthur Conan Doyle

Au n° 3 de Lauriston Gardens près de Londres, dans une maison vide, un homme est trouvé mort. Assassiné ? Aucune blessure apparente ne permet de le dire, en dépit des taches de sang qui maculent la pièce. Sur le mur, griffonnée à la hâte, une inscription : " Rache ! ". Vengeance ! Vingt ans plus tôt, en 1860, dans les gorges de la Nevada, Jean Ferrier est exécuté par des mormons sanguinaires chargés de faire respecter la loi du prophète. Sa fille, Lucie, est séquestrée dans le harem du fils de l'Ancien. Quel lien entre ces deux événements aussi insolites que tragiques ? Un fil ténu, un fil rouge que seul Sherlock Holmes est capable de dérouler. Une intrigue toute en subtilités où, pour la première fois, Watson découvre le maître...

Il y a quelques semaines j'ai eu envie de découvrir l'univers de Sherlock Holmes en commençant par le début. J'ai donc commandé en ligne le premier volume des Aventures de Sherlock Holmes, en version intégrale et bilingue, la grosse affaire quoi. 

Une étude en rouge est la première histoire mettant en scène Sherlock Holmes. En 1886, l'auteur, Arthur Conan Doyle, inspiré par les écrits de R.L. Stevenson (L'île aux trésor, Le cas étrange du Dr. Jekyll et de M. Hyde), se lance dans la rédaction d'un roman à suspense, inventant du même coup le roman policier moderne. 

Dans Une étude en rouge, on rencontre le Dr. Watson, un jeune chirurgien qui revient de la guerre et qui se cherche un endroit ou loger à Londres. Un ami lui présente Sherlock Holmes qui se cherche lui aussi un colocataire, débute dès lors l'amitié et la complicité qui unira ces deux hommes au fil des aventures du célèbre détective. 

C'est une très courte histoire, qui nous mène au coeur de la cité victorienne d'une façon incroyablement moderne. L'écriture de Conan Doyle est légère et imagée et j'ai pris un réelle plaisir à lire ce récit qui permet de comprendre les bases de ce monument qu'est Sherlock Holmes. 

À découvrir si ce n'est pas déjà fait! 




mardi 17 septembre 2013

L'attente de l'aube

Un roman de William Boyd. 

En cette fin d'été 1913, le jeune comédien anglais Lysander Rief est à Vienne pour tenter de résoudre - grâce à cette nouvelle science des âmes qu'est la psychanalyse - un problème d'ordre intime. Dans le cabinet de son médecin, il croise une jeune femme hystérique d'une étrange beauté qui lui prouvera très vite qu'il est guéri, avant de l'entrainer dans une histoire invraisemblable dont il ne sortira qu'en fuyant le pays grâce à deux diplomates britanniques, et ce au prix d'un marché peu banal. Dès lors, Lysander, espion malgré lui, sera contraint de jouer sur le théâtre des opération d'un Europe en guerre les grands rôles d'une série de tragi-comédies. Sa mission: découvrir un code secret, dont dépend la sécurité des Alliés, et le traître qui en est l'auteur. Sexe, scandale, mensonges ou vérités multiples aux frontières élastiques, chaque jour et chaque nuit apportent leur tombereau d'énigmes et de soupçons. L'aube finira-t-elle par se lever sur ce monde de l'ombre, et par dissiper enfin les doutes que sème avec une délectation sournoise chez le lecteur fasciné l'auteur de cet étonnant roman du clair-obscur ?


En librairie, l'attente de l'aube avait capté mon attention à la fois par son titre mystérieux et le look de sa couverture. Toutefois, je n'étais jamais parvenue à lire le résumé au complet. Je l'ai tout de même emprunté à la bibliothèque, pour en avoir le coeur net. Ce qui s'est finalement avéré être une très bonne idée ! 

Le récit se déroule d'abord à Vienne puis à Londres, et débute quelques mois avant le commencement de la Première Guerre Mondiale. Le personnage principal est attachant, et les situations auxquelles il doit faire face sont extravagantes sans être burlesques. Bref, cette histoire a tout pour plaire. 

On embarque dans ce roman d'espionnage sans même se rendre compte que c'en est un, ce qui est parfait pour les gens qui, comme moi, sont moins familiers avec ce genre. 

Bref, l'attente de l'aube est un roman réussi et pas mal moins compliqué que ne le laisse présager sa quatrième de couverture ! À lire. 

William Boyd, L'attente de l'aube, Seuil, 2012, 412 pages. 

samedi 7 septembre 2013

La Baie des Baleines

Un roman de Jojo Moyes

Sur les plages préservées au sud de Sydney, Silver Bay est un véritable havre de paix. C'est ici que s'est réfugiée Liza McCullen avec sa fille Hannah pour échapper à sa vie passée. Mais l'arrivée de Mike Dormer va bouleverser la tranquillité de la petite communauté. Cet Anglais affable, trop curieux, menace d'anéantir tous les efforts de Liza pour sauver le petit hôtel familial et protéger les baleines. 
La baie des baleines nous plonge avec délice dans la nature sauvage australienne, autour de personnages en quête de nouveau départ. 


Pour oublier le "pénible" moment que j'ai vécu en lisant Les adieux à la Reine, j'ai été à la bibliothèque municipale afin de trouver un roman léger. Je suis tombé sur La Baie des Baleines, roman qui semblait tout désigné pour passer un bon moment sans trop réfléchir. 

Et c'est exactement ce que ce roman m'a permis de faire. Il m'a diverti en m'entraînant sur les côtes tranquilles de l'Australie pittoresque dans l'hôtel de cette adorable famille. J'avais presque l'impression de lire le scénario d'une comédie romantique américaine. 

"Ma chambre donnait directement sur la baie, sans même une route entre la maison et la plage. La veille j'avais dormi la fenêtre ouverte, bercé par les vagues pour ma première nuit de sommeil digne de ce nom depuis des mois, et tandis que l'aube commençait à poindre, j'avais vaguement perçu les camions des baleiniers, leurs pneus crissant sur le sable mouillé, et les allées et venues des pêcheurs sur les galets." (p.88)

Chaque chapitre a un narrateur différent ce qui au début semblait déstabilisant, mais qui au fil des pages permet d'apporter différents points de vue. Bien sûr l'histoire est un peu prévisible, j'avais l'impression de connaître l'issu du récit dès la page 50. Toutefois, l'auteure est parvenue à intégrer des revirements inattendus, et je me suis surprise à être plutôt captivée par l'histoire. 

Lorsque l'on réussit à oublier les ressemblances avec La Grenouille et la baleine (Ha!) il s'agit somme toute d'un roman divertissant, quoique léger. 

Jojo Moyes, La Baie des Baleines, JCLattès, 2012, 372 pages. 

lundi 19 août 2013

Les vestiges du jour

Un roman de Kazuo Ishiguro

Stevens a passé sa vie à servir les autres, majordome pendant les années 1930 de l'influent Lord Darlington puis d'un riche Américain. Les temps ont changé et il n'est plus certain de satisfaire son employeur. Jusqu'à ce qu'il parte en voyage vers Miss Kenton, l'ancienne gouvernante qu'il aurait pu aimer, et songe face à la campagne anglaise au sens de la loyauté et de ses choix passés...

Dire que j'ai failli abandonné ce roman après quelques chapitres... Quelle erreur j'aurais fait ! Je serais passé à côté d'une grande histoire, dont la force repose à la fois sur la justesse de l'écriture et sur la puissance des non-dits, et si parfaitement écrite qu'on croirait lire les mémoires authentiques d'un majordome anglais. Difficile de croire que ce livre a été écrit dans les années 1980 !

Stevens, majordome dans une grande maison anglaise nous fait part de ses réflexions sur son travail qui, jusqu'à ce jour, a représenté toute sa vie. Le voyage qu'il entreprend en voiture est l'une des rares occasions qu'il aura eu de quitter les murs du domaine où il est employé. Le but du voyage; retrouvé Miss Keaton, ancienne collègue de travail. Nous apprendrons - entre les lignes toujours - qu'ils ont jadis été amoureux. 

Stevens est certes un grand majordome, lui qui a toujours mis son travail de l'avant avec "dignité". C'est une histoire de loyauté, de sentiments refoulés; "Stevens vous allez bien ? - Oui monsieur. Parfaitement bien.  - Vous avez l'air de pleurer." Jamais, dans son récit, Stevens ne mentionnera la présence d'une quelconque émotions, autre que la fierté du travail bien accompli, et c'est à demi-mots que l'on comprend que le destin de Stevens aurait pu être totalement différent... 

"Mais si un majordome espère arriver à avoir un quelconque mérite au cours de sa vie, il faut bien qu'arrive un moment où il met fin à sa quête; un moment où il se dit : "Cet employeur incarne tout ce que je trouve noble et admirable. Dorénavant, je me consacrerai à son service." Cela, c'est de la loyauté jugé intelligemment. Où est l'absence de "dignité" dans cette attitude ?" (p.280)

C'est donc une histoire empreinte de tristesse et de refoulement rédigé dans un style impeccable que je vous invite à découvrir !

Kazuo Ishiguro, Les vestiges du jour, Gallimard, 1989. 
Aussi chez Folio.


mardi 30 juillet 2013

Une fille, qui danse


Un roman de Julian Barnes 

Tony, la soixantaine, a pris sa retraite. Il a connu une existence assez terne, un mariage qui l’a été aussi. Autrefois il a  beaucoup fréquenté Veronica, mais ils se sont éloignés l’un de l’autre. Apprenant un peu plus tard qu’elle sortait avec Adrian, le plus brillant de ses anciens condisciples de lycée et de fac, la colère et la déception lui ont fait écrire une lettre épouvantable aux deux amoureux. Peu après, il apprendra le suicide d’Adrian. 
Pourquoi Adrian s’est-il tué? Quarante ans plus tard, le passé va ressurgir, des souvenirs soigneusement occultés remonter à la surface — Veronica dansant un soir pour Tony, un week-end dérangeant chez ses parents à elle... Et puis soudain, la lettre d’un notaire, un testament difficile à comprendre et, finalement, la terrible vérité, qui bouleversera Tony comme chacun des lecteurs d’ Une fille, qui danse


Une fille, qui danse est le dix-neuvième livre de Julian Barnes. Ce roman a été acclamé par la critique et lui a permis de gagner le Man Booker Prize en 2011. 

Julian Barnes sait écrire des phrases qui marquent, des phrases que l’on a envie de noter, de surligner, de répéter. Le propos de ce roman tourne autour de la mémoire et des souvenirs, et du constat que l’on fait de notre vie, lorsqu’on vieillit. Ce n’est pas un sujet qui m’a particulièrement touché, je dois le reconnaître, bien que l’auteur ait su traiter du sujet de façon efficace. 

Tout de même, j’ai eu l’impression que l’histoire n’était qu’un prétexte pour aborder un tel sujet, que Tony, le personnage principal n’était que l’outil permettant à l’auteur de verbaliser son point de vue, et ce, de façon trop peu subtil à mon avis. 

D’ailleurs bien que ce livre se lise rapidement, vu son petit nombre de pages, il m’a paru être inégal. La première partie, où Tony nous raconte la période-clé de l’histoire est plus légère et plus intéressante que la deuxième partie, lorsque Tony est un retraité moyen, qui regarde sa vie, somme toute moyenne: «moyen dans la vie; moyen face à la vérité; moralement moyen. La première réaction de Veronica et me revoyant avait été de remarquer que j’avais perdu mes cheveux.» (p.132) 

Le bouleversement de cette existence moyenne — l’héritage qu’il reçoit de la mère de Véronica, sa petite amie de l’époque de l’université — l’oblige à regarder en arrière, à revoir ses souvenirs peut-être d’une façon différente que celles qu’il avait toujours cru être la bonne. Ce qui mène à la reprise de contact avec Veronica et à de nombreux questionnements sur le suicide d’Adrian son ami d’antan et sur son existence en général. Véronica en vient à lui dire : « tu n’as jamais pigé, et tu ne pigeras jamais.» Et je dois reconnaître que je n’ai pas tout à fait pigé moi non plus. Je n’ai pas tout à fait compris pourquoi l’ancienne belle-mère lui lègue un héritage, ni les vraies raisons du suicide d’Adrian, ni même le dénouement final. Je me demande si comme Tony « je ne pige rien » puisqu’aucune critique ne semble soulever cette zone d’ombre dans l’histoire... 

« J’avais beau essayer — ce qui n’était certes pas très difficile — de le faire, j’en venais rarement à imaginer une vie très différente de celle qui a été la mienne. Je ne pense pas que ce soit de la complaisance; c’est plus probablement un manque d’imagination, ou d’ambition, ou quelque chose comme ça. Je suppose que la vérité est que je ne suis pas assez excentrique pour avoir fait autre chose que ce que j’ai fait de ma vie. » (p.90)

En somme, pour le regard philosophique que pose l’auteur sur la mémoire et le vieillissement, c’est une lecture intéressante, même si l’histoire comporte selon moi certaines faiblesses. D'ailleurs, si vous l’avez lu et avez « pigé » éclairez-moi dans les commentaires, merci! 

Julian Barnes, Une fille, qui danse. Mercure de France, Paris, 2011, 193 pages.

samedi 20 juillet 2013

Middlemarch

Un livre de George Eliot

Dans Middlemarch (1871-1872), deux intrigues sentimentales principales, l'histoire de deux mariages de Dorothea et le mariage malheureux de Lydgate, jeune médecin ambitieux, avec la vulgaire Rosamond Vincy, se détachent sur un fond foisonnant de personnages et d'événements.

La lecture de ce pavé de 1091 pages (en plus de 36 pages de notes bibliographiques !) m'aura pris près d'un mois. Heureusement - puisqu'il est séparé en 8 livres - j'ai pu prendre de petites pauses afin de lire autres choses pour ensuite reprendre ma lecture sans trop culpabiliser, ni perdre le fil. 

Bien qu'elle soit moins connue du grand public, George Eliot est considérée comme l'une des grandes écrivaines anglaises du XIXe siècle. Mary Ann Evans de son vrai nom, a déjà écrit 6 romans et de nombreux poèmes lorsqu'elle débute la réaction de Middlemarch en 1871. Ce roman que plusieurs reconnaissent comme étant le chef d'oeuvre de l'auteur, sera d'abord publié en feuilleton, ce qui est courant à l'époque. Eliot ne connait donc pas la fin de son histoire lorsque le premier livre est lu par le public. Toutefois, c'est une intrigue parfaitement liée et une histoire tissée à merveille qu'elle offre à ses lecteurs. 

Middlemarch raconte l'histoire de la société d'une petite ville fictive de province anglaise vers 1830. Elle offre un regard franc sur les différents niveaux de la bourgeoisie, dans leurs torts et leurs travers. Les descriptions précises qu'on y retrouve constituent selon moi un précieux document d'archives, incluant les aspects sociaux, politiques et économiques de l'Angleterre du XIXe siècle. 

Eliot a également voulu montrer dans son roman que la vie n'est justement pas un roman. C'est pourquoi les choix que font les personnages manquent parfois de logiques, ce qui est finalement très réaliste. C'est également un grand hommage à l'attachement entre époux, à l'amour inconditionnel et intemporel qui relie deux êtres malgré les difficultés conjugales. 

"Elle savait, quand elle verrouilla sa porte, qu'elle la déverrouillerait, prête à descendre auprès de son mari pour épouser son chagrin et lui dire à propos de ses fautes: je vais m'affliger sans faire de reproches. Mais il lui fallait du temps pour rassembler ses forces: il lui fallait dire un adieu sanglotant à tout ce qui avait fait la joie et la fierté de sa vie. Une fois résolue à descendre, elle s'y prépara par certains petits gestes qui eussent pu paraître simple sottise à un observateur endurci; ils constituaient sa façon d'exprimer à tous les spectateurs visibles et invisibles qu'elle entamait une nouvelle existence où elles épousait l'humiliation." (p.983)

J'ai trouvé que l'auteur s'attardait parfois un peu trop sur des questions morales et philosophiques et je dois avouer qu'une lecture en diagonale m'aura à quelques reprises sauvé de l'ennui. Toutefois, c'est un grand roman que je suis heureuse d'avoir lu; pour la qualité de son écriture, pour son réalisme et bien sûr pour le voyage historique que nous permet le récit. 


Middlemarch, George Eliot, Calman-Lévy, 1890. 
Nouvelle édition (avec préface de Virginia Wolf) en format poche parue chez Folio en 2005.

dimanche 14 juillet 2013

Cléona et son double

Un roman de Barbara Cartland. 

Le jour même où elle va fuir avec celui qu’on lui interdit d’aimer, Léonie Mandeville est invitée à Londres par sa grand-mère la duchesse de Lynke, qui  jamais encore n’a vu sa petite-fille. Éperdue, Léonie supplie sa meilleure amie, Cléona... 
Et c’est ainsi que Cléona Howard, fille d’un humble pasteur, se trouve reçue avec mille égards dans la noble demeure de Berkeley Square. Tremblante, émue, ravie. Sa grâce et sa beauté conquièrent bientôt le Tout-Londres et la sévère douairière elle-même. Seul reste froid, impénétrable, le très séduisant Sylvestre de Lynke. Cléona pressent qu’un autre homme se cache derrière ce dandy qui parâit n’aimer que le plaisir et le jeu. 
À Berkeley Square, des mystères se dévoilent, des menaces rôdent. Prisonnière d’un mensonge, Cléona se sent prise au piège... 

Barbara Cartland est une romancière anglaise peut-être trop productive. Pour la petite histoire, elle voit le jour en 1901, et décède en 2000. Le premier roman de l’auteur est publié en 1923. Suivront plus de 700 livres, tous plus romantico-kitchs les uns que les autres. 

Je m’en confesse, j’ai lu des Barbara Cartland quand j’avais onze ou douze ans. Et je crois que j’aimais ce genre de lectures, parfaites pour une pré-adolescente qui aime les princesses et les histoires d’amour qui finissent bien. 

J’ai replongé dans l’univers «cartlandien» suite à un défi entre amis... l’enjeu : être capable de lire un de ses romans jusqu’à la fin. Alors, voici le résumé de mon expérience. 

D’abord, il faut dire que chez Cartland, l’apparence est TOUT ce qui compte. On le ressent dès le départ, dans l’importance que l’auteur accorde aux descriptions physiques et vestimentaires de ces personnages, mais aussi dans des phrases du genre: «Sais-tu ce que Patrick a dit de toi ? La première fois qu’il t’a vue, je lui ai demandé ce qu’il pensait de ma plus chère amie. Il m’a répondu que si tu prenais davantage soin de toi, tu pourrais être très séduisante. Je dois dire que cette déclaration m’a rendue un peu jalouse.» (p.20) En outre, pour Barbara Cartland, tous les moyens sont bons pour créer une histoire qui sort de l’ordinaire. Dans le roman que j’ai lu, la pauvre petite Cléona, fille d’un pasteur pas très riche aide son amie qui veut se marier en cachette,et qui lui fait un chantage émotif pas possible, du genre «si tu ne m’aides pas, je me tue et tu mourras de chagrin à ton tour.»Elle part pour Londres chez la RICHE grand-mère riche de son amie pas fine-fine. Elle y rencontre le duc, pas fin-fin non plus, qui passe son temps à se saouler et à courir les filles. Ils se détestent dès le départ. Il n’est pas gentil avec elle, elle le méprise. SAUF QUE, je ne sais pas ce qui se passe, mais à la page 171, il l’embrasse dans un mouvement de colère, en la traitant d’ «incorrigible petite idiote!» (QUOI ?) Ce qui vire à l’envers la pauvre Cléona qui s’en veut encore de mentir à son papa et à la grand-mère en se faisant passer pour une autre (elle nous le répétera d’ailleurs tout au long du roman.) Finalement, on comprend que chose le duc fait juste SEMBLANT de se saouler, en fait il est en train de déjouer un plan secret machiavélique de nul autre que NAPOLÉON qui veut envahir l’Angleterre. Bien entendu, c’est notre bonne petite Cléona qui découvre tout ça, et qui SAUVE le duc d’une mort certaine, en se disant «je l’aime, il faut que je le sauve.» Ce qui est parfaitement crédible, puisque dans les 192 pages précédant ce constat, ils ne se sont vus qu’environ quatre fois, avant qu’il ne l’embrasse fougueusement en la traitant de pauvre cloche. 

Bref, le père de l’autre fille découvre la supercherie, le duc aussi, mais Cléona est déjà en route pour retourner chez elle, le duc prend ses chevaux qui vont vite-vite, coure après Cléona, la rattrape, lui montre son domaine parfaitement tenu (vu qu’il faisait juste semblant de toujours être ben saoul) et là il la demande en mariage devant «les immenses fenêtres embrasées par le soleil cochant, les hautes cheminées qui se découpaient sur un fond de ciel bleu, tout cela était d’une émouvante majesté.» (p.215)

Mon extrait préféré à vie:
«Cléona, cléona, mon amour, répétait-il. 

Il s’aperçut alors qu’elle ne l’écoutait plus. Elle s’était endormie dans ses bras, vaincue par la fatigue. Il la tint dans ses bras, comme un enfant, et la porta dans sa cabine. Il l’étendit sur la cou
chette, enleva ses chaussures mouillées et sa cape, puis l’enveloppa d’épaisses couvertures. Au moment où ses bras l’abandonnaient, Cléona émit une faible plainte, comme si on lui enlevait quelque chose qu’elle aimait plus que la vie.»
(p.203)

HA! Elle s’endort pendant qu’il lui dit qu’il l’aime... Incorrigible petite idiote, va !

Barbara Cartland, Cléona et son double, J'ai lu, 1977.

dimanche 30 juin 2013

Avant d'aller dormir


Un roman de S.J. Watson


Chaque matin, c'est le même effroi. La même surprise. En se découvrant dans la glace, Christine a vieilli de vingt ans. Elle ne connaît ni cette maison, ni l'homme qui partage son lit. Et chaque matin, Ben lui raconte. L'accident. L'amnésie... Ensuite, Christine lit son journal, son seul secret. Et découvre les incohérences, les questions, tout ce qu'on lui cache chaque matin, posément. Peut-être pour son bien... Peut-être pas. 



Ce roman que la maison d'édition classe avec les polars (romans policiers) aurait, à mon avis, été mieux décrit sous la mention de thriller psychologique. Loin d'inclure une enquête policière, l'histoire se déroule essentiellement dans les pages du journal de Christine, et dans sa relation avec son mari et les gens qui l'entourent. Bien sûr, l'histoire est prenante et originale (même si elle m'a fait penser au film les cinquante premiers rendez-vous avec Adam Sandler et Drew Barrymore !) et c'est essentiellement les qualités requises pour constituer un bon thriller. Toutefois, comme tout bons thrillers "populaires" j'y ai décelé des faiblesses, qui n'ont cependant pas (trop) nui au plaisir que j'ai eu à lire le roman. 

"Je me sens tendue. Je ne sais pas ce que je vais trouver dans ce livre. Ce qui va choquer et surprendre. Quels mystères. (...) La première page est blanche, sans ligne. J'ai écrit mon nom à l'encre noire au milieu. (...) Quelque chose a été ajouté, quelque chose d'inattendu, de terrifiant. De plus terrifiant que tout ce que j'ai vu aujourd'hui. Là, sous mon nom, à l'encre bleue et en lettres majuscules, se trouvent les mots suivants: ne pas faire confiance à Ben.p. 50

À n'en pas douter, l'auteur ne sera jamais reconnu pour sa plume extraordinaire. De plus, son histoire est un peu tirée par les cheveux. Par exemple, comment une femme amnésique peut-elle rédiger, chaque soir, plus de 40 pages sur les événements de la journée, comprenant les sensations et les émotions ressenties, en plus d'y inclure de menus détails (genre la couleur du manteau d'un passant) et des dialogues ultra-précis... C'est toujours un risque que prend un auteur lorsqu'il décide d'inclure des pages de journaux intimes ou de correspondances, et je ne crois pas que Watson ait parfaitement maîtrisé cet aspect-là, mais je comprends qu'il aurait  été difficile de relater l'histoire autrement. Pour ce qui est du suspense, je dois avouer que j'ai été surprise par la conclusion, ce qui constitue un point très positif dans un thriller. 

Ainsi, ce n'est probablement pas le polar/roman policier/thriller psychologique de l'année, mais cette lecture donne l'effet escompté; on est incapable de lâcher le livre, et le dénouement est surprenant. Alors bien joué Watson ! 

S.J. Watson, Avant d'aller dormir, Sonatine, 2011.
Également paru en format poche chez Pocket en 2013.